Archives de catégorie : La 40e ÉDITION

POUR UN AUTRE 68

Le répertoire du cinéma documentaire français sur mai 68 est très largement connu et officiellement canonisé par des livres, des coffrets DVD, des diffusions télévisuelles et festivalières. Avec cette rétrospective, nous souhaitons élargir ce corpus et tenter de voir 68 comme une énergie de création davantage que comme un anniversaire à fêter rituellement : un kairos de l’histoire qui a irrigué le monde bien au-delà de l’Europe et du cinéma militant classique. Sortir de l’eurocentrisme, de l’idéologie et de la nostalgie, pour trouver dans la différence des perspectives et l’hybridation des langages les clefs d’une lecture non-orthodoxe d’un phénomène complexe et irréductible.

L’objectif n’est pas se débarrasser de la mythologie 68, mais de la déconstruire pour la faire résonner ailleurs. Ce voyage nous emmènera au Mexique, en Palestine, aux États-Unis, en Amérique du Sud, en Inde et en Afrique. À un soulèvement social correspond toujours une révolution des formes artistiques : nous considérons 68 comme le moteur du cinéma documentaire le plus radical et le plus novateur. Ainsi, dans cette programmation, le cinéma expérimental se mêle aux ciné-tracts, les films d’artistes aux films de fiction, les performances théâtrales aux essais filmiques, les films-guérilla aux ciné-poèmes.

Federico Rossin, programmateur d’Un Autre 68

Brian De Palma, Dionysus in ‘69

10 séances :

Séance 1

Carlos Bustamante, De Oppresso Liber, 1968, 5’
João Silvério Trevisan, Contestação, 1969, 15’
Carolee Schneemann, Viet Flakes, 1965, 7’
Jack Chambers, Hybrid, 1966, 15’
Harun Farocki, White Christmas, 1968, 4’
Peter Nestler, Sightseeing, 1968, 10’
Walter De Maria, Hard Core, 1969, 27’

Séance 2

Robert Fulton, Reality’s Invisible, 1971, 53’
Michael Snow, Back and Forth, 1969, 53’

Leobardo López Arretche, El Grito

Séance 3

Leobardo López Arretche, El Grito, 1968, 102’

Séance 4

Kais al Zubaidi, الزيارة [The Visit], 1970, 10’
Christian Ghazi, مائة وجوه ليوم واحد [A Hundred Faces for a Single Day], 1969-1971, 64’
Carole Roussopoulos, Munich, 1972, 13’

Séance 5

Helke Sander, Brecht die Macht der Manipulateure, 1968, 48’
Joaquim Pedro de Andrade, A linguagem da persuasão, 1970, 9’
Helena Lumbreras, El Cuarto Poder, 1970, 37’

S.N.S. Sastry, This Bit of That India

Séance 6

S.N.S. Sastry, I Am 20, 1967, 19’
S. Sukhdev, And Miles to Go, 1967, 14’
S.N.S. Sastry, And I Make Short-Films, 1968, 16’
Pramod Pati, Explorer, 1968, 7’
S.N.S. Sastry, This Bit of That India, 1973, 20’
Pramod Pati, Trip, 1970, 4’
S.N.S. Sastry, Flash Back, 1974, 21’

Séance 7

Mario Schifano, Umano non umano, 1969, 95’

Séance 8

Brian De Palma, Dionysus in ‘69, 1970, 85’

Sarah Maldoror

Séance 9

Sarah Maldoror, Monangambee, 1969, 18’
Madeline Anderson, I Am Somebody, 1970, 30’
Safi Faye, La Passante, 1972, 10’
Sara Gómez, Mi aporte, 1969, 33’

Séance 10

Dezső Magyar, Agitátorok, 1969- 1971, 69’

Dezső Magyar, Agitátorok

 

> POUR ALLER + LOIN

 

Walter de Maria
à propos de Hard Core
en anglais

Sarah Maldoror
biographie
portait paru dans L’Humanité

 

Leobardo López Arretche

 

Michael Snow
notice Quinzaine des réalisateurs

In between: Tacita Dean

La section « In Between » propose le portrait d’un-e artiste travaillant à la croisée du cinéma et de l’art contemporain. Après Shelly Silver (2015), Akram Zaatari (2016) et Vincent Dieutre (2017), l’artiste
mise à l’honneur en 2018 sera la britannique Tacita Dean – l’une des artistes les plus singulières de sa génération.

photo : Jim Rakete

 

« Le temps, la mémoire, la trace, la lumière : voilà la matière que travaille Tacita Dean (née en 1965 en Angleterre). Ses films, dessins et autres œuvres se distinguent par leur extrême originalité. Ses portraits filmés réalisés ces dernières années expriment quelque chose que ni la peinture ni la photographie ne peuvent saisir. Ils sont purement cinématographiques. Et si Tacita Dean sait rendre hommage au passé, son art évite tout académisme. Son oeuvre subtile mais ambitieuse se concentre sur la vérité de l’instant, la pellicule et les sensibilités individuelles« .
Adrian Searle, critique, The Guardian.

Elle fait partie des membres fondateurs de savefilm.org, pour la protection et la sauvegarde de la pellicule photochimique.

TACITA DEAN /Craneway Event, 2009 (Film still), 16mm colour, anamorphic film, optical sound / 108 minutes / Courtesy of the artist; Frith Street Gallery, London and Marian Goodman Gallery, New York / Paris

Cinéma du réel présentera, en présence de Tacita Dean : Kodak (2006), Craneway Event (2009), The Uncles (2004), Event for a Stage (2015) et des courts métrages : A Bag of Air, Disappearance at Sea, Edwin Parker, The Green Ray, His Picture in Little – première mondiale en 35mm, The Martyrdom of St. Agatha, Michael Hamburger, Portraits, Providence – première mondiale en 35 mm.

Tous les films seront projetés en 16 ou en 35 mm.

 

Tacita Dean sera présente au festival les 23, 24 et 25 mars.

Une rencontre publique aura lieu avec Tacita Dean et Patricia Falguières, historienne et critique d’art le 24 mars en Petite Salle au Centre Pompidou.

 

Programmé par Rachael Rakes
Avec le soutien de la galerie Marian Goodman.

Tacita Dean sera aussi au cœur d’une triple exposition à Londres, regroupant la National Portrait Gallery, la National Gallery et la Royal Academy of Arts en 2018

« Le temps traversé de Tacita Dean », La République de l’Art, 16/01/14

« Tacita Dean, l’oeuvre du temps », Libération,  21/01/14

 

> Autres ressources (en anglais)

Momus : entretien avec Tacita Dean

Spike : « Films as paintings »

Yale radio podcast

 

« Tacita Dean’s Film Goes to the Heart of Theater »
Artnet News / 29 March 2016 / by Blake Gopnik

« An Artist and an Actor Test the Magic of Film »
Hyperallergic / 23 March 2016 / by Gabriela Vainsencher

« Tacita Dean Reflects on Time »
The Wall Street Journal / 1 July 2011 / by Helen Young Chang

 

 

Retrospective Ogawa + Ogawa Pro

Cette rétrospective met en lumière les documentaires majeurs de Shinsuke Ogawa (1936-1992) et du collectif cinématographique Ogawa Pro, fondé à la fin des années 60. Leur travail, encore largement méconnu en Occident, eut une importance cruciale dans le Japon d’après-guerre et leur influence sur le cinéma documentaire asiatique se fait toujours sentir aujourd’hui.

Shinkune Ogawa (Courtesy of Athenee Francais Cultural Center, Japan)

Témoignant d’un dévouement et un engagement remarquables, leurs films rendent compte des bouleversements politiques et sociaux ayant eu lieu au Japon dans les années 60 et 70. Le groupe, qui a vécu et travaillé en communauté pendant plus de trente ans, aspirait à la prise de décision collective et a atteint un niveau de connivence exceptionnel avec les gens qu’ils filmaient et avec lesquels ils collaboraient. Son travail questionne opportunément la pratique et la théorie du documentaire mais aussi la nature du cinéma politique et collectif.

Les films d’Ogawa Pro se répartissent en trois périodes.

Les premiers films indépendants et collectifs réalisés avec des activistes syndicalistes et issus de la base populaire ont capté les mouvements étudiants de la fin des années 60.

Durant la décennie suivante, Ogawa et les membres de son collectif migrent vers la zone rurale de Sanrizuka, près de Tokyo, où, pendant dix ans, ils vivent et tournent une série de films monumentale chroniquant la lutte de longue haleine et la résistance des fermiers locaux contre la répression brutale de l’État, en s’opposant à leur expropriation programmée pour permettre la construction de l’aéroport international de Narita.

Ayant affiné leur méthodes en développant une forte empathie avec les villageois, le collectif s’installe ensuite dans le petit village de Magino, situé dans la préfecture montagneuse de Yamagata, où, durant les décennies suivantes, ils vivent en communauté et cultivent le riz, concevant minutieusement d’extraordinaires fresques cinématographiques sur la vie rurale et le temps.

Cinéma du réel présentera tous les films réalisés et produits par Shinsuke Ogawa dans les années 60, qui ont galvanisé le mouvement estudiantin au Japon, parmi lesquels La Mer de la jeunesse (1966), La Forêt de l’oppression (1977), Rapport sur les lieux du meurtre (1967), L’Été à Narita (1968) et Préhistoire des partisans (1969, réal. Noriaki Tsuchimoto).

>> La programmation se poursuivra après le festival au Musée du Jeu de Paume.

 

Programmé par Ricardo Matos Cabo, en collaboration avec le Musée du Jeu de Paume.


Pour aller plus loin…

Podcast : France Culture, Quand Serge Daney rencontrait Shinsuke Ogawa

Harvard film archive :  Songs of Struggle – The Radical Documentaries of Shinsuke Ogawa

Institute of Contemporary Arts 

Lyle Ashton Harris // Once (Now) Again

Dès le 9 mars, une exposition sera consacrée à l’artiste et vidéaste américain Lyle Ashton Harris dans les espaces du Centre Pompidou (Forum -1).

 

Lyle Ashton Harris / One (Now) Again / Whitney Biennial

 

Depuis plus de vingt cinq ans, Lyle Ashton Harris (né en 1965 à New York) développe une pratique artistique variée, qui englobe photographie, vidéo, installation et performance. Son oeuvre explore les points de rencontre entre l’intime et le politique, étudiant l’impact de l’appartenance ethnique, du genre et du désir sur la dynamique sociale et culturelle de chaque époque.

Lyle Ashton Harris / One (Now) Again / Whitney Biennial

 

L’oeuvre de Lyle Ashton Harris Once (Now) Again, installation multimédia adaptée spécialement pour le Centre Pompidou, comprend une vidéo sur trois écrans composée d’images tirées de ses « archives en Ektachrome », photographiées entre 1986 et 2000, ainsi que trois œuvres vidéo utilisant des images tournées en Hi-8 et en Mini DV dans les années 1990. L’assemblage qui en résulte évoque et sublime des instants de vie où s’entrecroisent expérience personnelle et situation politique.
Se faisant le témoin d’une période de bouleversements – l’émergence du multiculturalisme, la deuxième vague d’activisme en réaction au Sida et l’interconnexion du monde de l’art contemporain avec la communauté LGBTQ et la diaspora africaine – les « archives en Ektachrome », un projet toujours en cours, montre ses amis, sa famille et ses amants. En plaçant des moments d’intimité côte à côte avec des événements historiques, ces archives construisent des récits collectifs et privés pour évoquer l’identité, le désir, la sexualité et la perte.

Lyle Ashton Harris / One (Now) Again / Whitney Biennial

Présentée à la Biennale de São Paulo et à la Whitney Biennial, cette installation sera montrée pour la première fois en Europe.

 


… Pour aller plus loin

> Le site officiel de l’artiste www.lyleashtonharris.com

> Un aperçu des Ektachrome Archive :

 

> Une discussion au Whitney Museum à propos du livre « Today I Shall Judge Nothing That Occurs »

 

> Lyle Ashton Harris revient sur un de ses clichés

 

> Artist’s talk au Sackler Museum

http://dubois-online.org/lyle-ashton-harris-artists-talk-lyle-ashton-harris