ENTRETIEN AVEC SHURUQ HARB

Votre film est constitué essentiellement d’images publiées sur le web par de jeunes Israéliens. Quel lien unit ces images entre elles, et en quoi font-elles écho à la première Intifada, un arrière-plan politique que vous revendiquez ?

Le film narre, de façon assez libre, les aventures d’une jeune palestinienne qui a grandi dans les années 1990. J’ai choisi volontairement d’utiliser des images de found footage, publiées par des Israéliens sur le web, lesquelles proviennent de cette période, et j’ai ajouté sur ces images – en voix off – le récit personnel d’une palestinienne. C’était pour moi un acte subversif. Je m’étais intéressée à ce que j’appelle « l’évasion israélienne » (« Israeli escapism »), c’est-à-dire l’évasion au sein de la culture pop israélienne. Celle-ci se manifeste essentiellement dans des fêtes de musique « trance ».

Comment s’est déroulé le travail de montage ?

Dès lors qu’une voiture est volée en Israël et ramené en Cisjordanie, il faut la démonter rapidement la broyer pour ne pas se faire attraper. Ce geste de démontage a influé sur mes partis pris esthétiques au montage et j’ai développé cela tout au long du film. En ce sens, le film est monté comme une série de fragments de mémoire ou d’hallucinations sous l’emprise de la drogue. La métaphore s’applique aussi à la façon dont nous pensons nos corps et nos identités, et à la possibilité de leur transformation.

 

C. R. et N. N.