ENTRETIEN AVEC AURELIEN FROMENT

Comment avez-vous connu la musique de Franco Melis et comment est né le projet du film ?

Franco Melis est l’un des deux derniers joueurs de launeddas a avoir été formé traditionnellement, à une époque où cette musique avait une dimension  fondamentale dans la société sarde. Avant ma découverte de cette musique, j’avais l’idée d’un film musical polyphonique qui ne reposerait que sur un seul instrumentiste, mais le film tel qu’il est tient de la rencontre avec Franco.

Le titre de votre film résonne comme une mélodie et un tempo, et caractérise parfaitement la démarche de votre film, qui préfère les phrases musicales aux énoncés discursifs. A quel moment et pourquoi avez-vous décidé cette absence de parole ? 

Je ne voulais pas couper la musique, ni la séparer de l’image, donc je me suis attaché aux gestes, à la lumière, aux paysages. Comme les morceaux sont longs, les plans le sont également. On a alors tout le temps de penser à ce que l’on voit et entend. Il y est question de transmission et cela se fait en jouant, pas en parlant. Par ailleurs, ne comprenant ni le sarde ni l’italien, j’aurais été bien incapable d’y réaliser un film parlant !

Les sonorités des launeddas, ces clarinettes polyphoniques, sardes, sont intimement liées aux paysages sardes, elles sont confectionnées artisanalement sur place, et leur présence est avérée par des statuettes anciennes que vous filmez au musée archéologique, comment avez-vous choisi les lieux du tournage ?

Mise à part la vitrine du Museo Archeologico de Cagliari, tout est tourné dans le village où Franco est né et réside, au centre de l’île. Il y a les « lieux de production » : son champ où il fait pousser les roseaux, l’atelier qui se trouve à la maison ; les lieux de performances : une cour, l’église, le site d’un domus de sorcière et un potentiel nuraghe, site mégalithique contemporain de l’instrument, depuis lequel on communiquait vers l’extérieur autant qu’on s’en prémunissait.

 

Alice Leroy