ENTRETIEN AVEC RUTH BECKERMANN

A la différence de vos films précédents, Waldheims Walzer est largement composé d’archives télévisées qui racontent avec force péripéties la campagne pour les présidentielles du candidat Kurt Waldheim en 1986 et l’exhumation de son passé nazi. Ces archives rendent compte, pour l’essentiel, de deux perspectives, l’une autrichienne, où le silence et la dénégation prévalent en toutes circonstances, l’autre américaine, où s’exerce véritablement le débat public et politique qui devrait avoir lieu en Autriche. Cette dialectique est-elle un choix délibéré ou bien a-t-elle été déterminée par les archives disponibles ?

Le Congrès international juif et plus tard le Congrès américain ont été les premiers à porter des accusations à l’encontre de Kurt Waldheim, donc la controverse a principalement mis en jeu les Etats-Unis et le gouvernent autrichien qui soutenait Waldheim. Je n’étais donc pas surprise de trouver principalement des archives dans ces deux pays. Cela dit, les médias français et britanniques ont aussi couvert la campagne électorale en Autriche de façon quotidienne – au contraire des médias allemands qui eux, ont respecté un silence poli, suivant par là le soutien qu’apportait le chancelier Helmut Kohl à Waldheim. Mon souhait était de restituer « l’affaire Waldheim » dans un contexte international afin de montrer que le Congrès international juif avait d’autres objectifs : ils n’étaient pas tellement intéressés par le passé de l’Autriche mais par l’histoire des Nations Unies dont Waldheim avait été le Secrétaire général pendant dix ans. Pour moi, la réaction patriote et bornée des Autrichiens à ces accusations ont sans doute étonné les Américains.

La structure du film est aussi liée à un fil chronologique qui court de 1978, quand vous-même commencez à réaliser des films, à aujourd’hui, où l’Europe connaît une inquiétante résurgence des populismes, en passant par 1986 et l’affaire Waldheim. Faut-il voir dans ce montage une séquence historique, ou même un certain fatalisme de l’histoire qui serait sans cesse appelée à se répéter ?

Ni l’un ni l’autre. Le film démonte les mécanismes du populisme : à l’époque de l’affaire Waldheim, son parti s’est très vite rendu compte que l’antisémitisme dont on l’accusait lui serait électoralement profitable. Les partis populistes ont eux aussi recours à la xénophobie et au racisme dans les débats électoraux aujourd’hui. Susciter des sentiments de haine est à la fois simple et banal, mais c’est surtout toujours « payant ». Plus encore quand il n’y a aucune alternative digne de ce nom. Cela ne fait pas de moi une fataliste ; Je suis persuadée que les idées alternatives ont des chances de changer la donne politique à nouveau.

A.L.