ENTRETIEN AVEC JULIETTE ACHARD

Vous convoquez un genre cinématographique très codifié, le western. Pourtant, votre voix inaugure une forme plus biographique. Comment avez-vous trouvé cet équilibre entre les deux ?

Nous avons voulu faire un documentaire qui serait tourné, mis en scène, comme une fiction; finalement nous avons fait une fiction énoncée comme un documentaire. Cela a pris du temps, j’ai cherché dans plusieurs directions et j’ai conservé dans le film des traces de ces recherches. C’est pour cela qu’il y a différents registres et différents supports.

Votre film interroge les territoires…

C’est simplement la question « d’où venons-nous ? ». Comme dit plus haut, j’ai cherché à la poser d’une part pour nous deux, mon frère et moi, en essayant d’autre part d’ouvrir vers un « nous » plus large : nous, habitants aujourd’hui des villes, des villages et des banlieues. On peut filmer les espaces et donner à voir comment les hommes y vivent. Plutôt que « nouveaux déserts », je préfère me demander « anciens quoi ? ». Et là on voit des plaines maraîchères, des ponts, des forêts, des camps ou encore des champs de bataille. J’essaye de relier le présent avec ce qui nous a précédé (entre autre les mythes) pour aller contre toute idée de néant : justement, je crains que pour penser qu’il n’y a plus rien, il faut être tout à fait coupé de tout ce qu’il y a eu auparavant. En fait il reste toujours quelque chose, nous ne sortons pas de nulle part.

Le film fait place à une très grande mélancolie, liée à la perte de l’enfance et à la précarité des conditions de travail de votre frère…

On peut ressentir la mélancolie, mais ce n’était pas mon intention. Ce que je voulais, c’était raconter la petite histoire de ce gars-là, et qu’on puisse y voir aussi une histoire plus vaste.

 

Mathilde Grasset