ENTRETIEN AVEC DIEGO MARCON

 

Qu’est-ce que la Casa del Fascio où vous avez tourné et quel imaginaire historique et fictionnel ce bâtiment incarne-t-il à vos yeux ?

Casa del fascio est une réalisation architecturale moderniste majeure. Je voulais que Monelle soit installée dans un lieu de pouvoir et d’administration mais pas dans un lieu de pouvoir et d’administration particulier. Plutôt que de nombreuses réalisations architecturales édifiées pendant les années fascistes – dont la relation au pouvoir est soulignée par chaque colonne colossale et par tous les bas reliefs massifs – la Casa del Fascio de Terragni met en scène un dialogue précis entre de pures formes géométriques, matérialisant un espace virtuel et abstrait. À l’intérieur du bâtiment – lequel est devenu, au milieu des années 50, le centre des finances de la région de Côme – on a  la sensation frappante de se déplacer dans un lieu de pouvoir, bien que cela se manifeste d’une manière subtile et non sans une certaine agitation, celle-ci reflète une façon de faire de la politique qui se veut invisible, une force pénétrante et enveloppante. C’est un sentiment qui n’est pas directement lié à une période historique donnée ni à un pouvoir donné, mais qui concerne un aspect ontologique des dynamiques du pouvoir que la Casa del Fascio met en lumière grâce à la synthèse formelle qu’elle incarne.

Vous faites ici des choix esthétiques très radicaux, dans une économie de plans très grande mais avec un travail très fort sur la photographie, la lumière et le son. Comment avez-vous conçu ces scènes quasi-hallucinatoires ?

Monelle cherche à se situer à un point de rencontre entre deux approches cinématographiques différentes : celle, froide et analytique du cinéma structuraliste, et celle, plus sentimentale et spectaculaire, typique du cinéma de genre. D’une part, l’œuvre utilise une structure stricte, bien qu’arbitraire, dans sa façon de filmer les images et dans le processus de montage, qui restitue l’aspect composite de la Casa del Fascio. D’autre part, le film emploie un certain nombre de figures archétypales du cinéma d’horreur. Derrière ce processus d’hybridation – qui est également présent dans l’usage de deux formats différents que sont le 35mm et l’animation en CGI – se trouve l’intention que Monelle puisse constituer un espace opaque et ambigu, habité par l’agitation à laquelle le cinéma et son histoire ont donné vie. La scène à laquelle vous faites référence émerge, d’une certaine manière, de la même obscurité dont le film est issu.

Quel est le sens du titre « Monelle» ?

En italien, « monelle » signifie sale gosse. En français, c’est le titre – et le personnage – d’un livre de Marcel Schwob.

A.L.