Zivan Pravi Pank Festival de Ognjen Glavonic

ŽIVAN PRAVI PANK FESTIVAL
Ognjen Glavonić
2013 / Serbie / 63 min


Ognjen Glavonic filme au plus près Zivan alors qu’il termine d’organiser son 6 e festival de musique punk. Rien dans cette nouvelle édition ne semble tenir, tout est fragile, inachevé et bancal. L’entreprise paraît vaine, mais l’obstination de Zivan la transforme en quelque chose d’autre, quelque part entre un idéalisme rêveur et une mélancolie profonde.

Qu’est-ce qui chez Zivan vous a donné le désir de le filmer ?
Zivan est un ami de longue date. En 2009, j’avais déjà fait un court-métrage sur lui. D’une certaine manière, ce film nous était très cher, et après quelques années il est revenu vers moi pour me proposer de réaliser un film de fiction sur sa vie. Il avait déjà écrit le scénario, fait les repérages et pensé au casting.
J’ai accepté, avec l’idée de suivre Zivan pendant qu’il organisait son festival punk. Ainsi, les premières minutes du film auraient fonctionné comme un documentaire, une sorte d’introduction au personnage. Je l’ai donc filmé durant 4 jours. Malheureusement, Zivan a eu des problèmes de santé après ce tournage, et il a dû être soigné en asile psychiatrique. 
à sa sortie, il a dû suivre un lourd traitement médical sur plusieurs mois, et j’ai compris qu’on ne pourrait pas faire notre film. Il me restait donc ce matériau documentaire, sans structure prédéterminée puisque mon seul objectif sur le moment avait été d’accumuler le plus d’images possible, et je sentais qu’il y avait là matière suffisante pour faire un film. Huit mois après le tournage, nous avons commencé le montage, qui a duré plus d’un an étant donné la difficulté pour moi à trouver la bonne durée et la bonne structure pour ce film.

Le personnage du film est construit sur une tension entre son rêve, sa lutte pour le réaliser, et la possibilité que tout cela ne soit qu’une obsession, un symptôme de sa folie. Comment avez vous travaillé cet équilibre, de telle sorte que le film ne choisisse pas entre ces deux possibilités ?
Zivan est quelqu’un pour qui la plupart des gens ressent de la pitié, ou le trouve ridicule. Mon plus grand souci en faisant ce film a donc été de prendre de la distance vis-à-vis du regard et du jugement des autres. J’ai plutôt essayé de comprendre ce qui m’intéressait chez lui et je me suis rendu compte que malgré nos différences nous avions les mêmes buts. 
Ce que vous décrivez, c’est ce que je ressens à propos de mes propres rêves – faire des films, le processus, l’obsession – sont 
réellement proches des utopies de Zivan. Je pense que la lutte, le combat pour ses rêves, aussi irrationnels ou inatteignables soient-ils, tout l’enthousiasme et l’énergie que l’on met 
là-dedans, les obstacles et l’impuissance qui viennent parfois de nos propres limites, ce sont des sentiments que chacun a pu ressentir à un moment. Même s’il est facile d’appeler ça de la folie, ou de la stupidité, et qu’il est encore plus facile de s’en moquer, le feu, le temps et la détermination qu’on y investit sans calcul de profit, sont pour moi, surtout aujourd’hui, des choses rares qui méritent le respect. C’est certainement de ces sentiments et réflexions que vient l’équilibre dont vous parlez.

Le beau flashback du début nous éclaire sur le paradis perdu de Zivan, sa nostalgie pour une jeunesse pas si lointaine. Ce qui peut frapper, c’est que cette construction narrative est souvent utilisée dans le cinéma de fiction, et qu’elle apparaît ici dans un film qui ne travaille pas particulièrement l’ambiguïté entre les genres. Quelles différences faites-vous entre documentaire et fiction, et sont-elles importantes pour vous ?
Le flashback est tiré d’une vidéo que mon groupe de punk avait faite à l’époque, durant un des festivals de Zivan. Quand nous sommes revenus pour faire ce nouveau film, en voyant Zivan se débattre avec les mêmes problèmes qu’avant, j’ai compris combien j’avais changé et combien il était resté le même, essayant encore d’atteindre ce qu’il cherchait depuis l’enfance. La façon dont nous avons monté le film et assez proche d’un processus d’écriture ; nous avons abordé les images tournées comme des lettres et des mots à partir desquels nous devions créer du sens. Nous avons commencé à penser en terme de personnages, de scènes, de suspens, de retournements de situation… et nous avons joué avec ce que nous avions. Au fond, pour moi, il n’y a pas vraiment de différence dans le processus de création. On choisit l’objectif, le cadre et ce qu’il y a dedans, on travaille une idée, on fait des choix, et quelque soit le type de film, lorsque la caméra tourne, un problème qui survient est un problème sémantique.

Au générique de fin, il est écrit : « un film de Zivan Pujic Jimmy » et plus loin « réalisé par Ognjen Glavonic ». 
Pourquoi cette distinction ?
En fait, ce film est fait par tous ceux qui sont mentionnés au générique, le nom de Zivan est juste le premier à apparaître à l’écran. Tout le monde a travaillé gratuitement (même le monteur, durant 14 mois). Ça a fonctionné sur un pur enthousiasme et je n’ai pas voulu prendre plus de mérite qu’un autre. La raison pour laquelle le nom de Zivan apparaît en premier est qu’il n’offre pas que son nom au film, il lui offre aussi son âme. Il est la source de tout ce qu’il contient. J’ai pu en décider la forme, les contours, mais celui qui fait vivre le film, c’est Zivan.

Propos recueillis par Julien Meunier.