Si j’existe, je ne suis pas un autre d’Olivier Dury et Marie-Violaine Brincard

SI J’EXISTE, JE NE SUIS PAS UN AUTRE
Olivier Dury, Marie-Violaine Brincard
Compétition française / 87’ / 2014 / France

Immersion patiente dans le quotidien d’une classe de réinsertion, Si j’existe, je ne suis pas un autre impose un procédé simple et radical : une suite de plans fixes (à quelques panoramiques près) captent les us et coutumes d’une classe d’âge sans le moindre commentaire. Le cadre concentre l’attention du spectateur sur les détails d’un groupe. Uniformisation des vêtements et du langage, omniprésence des téléphones et des casques. Sur leurs visages se lit continûment l’attente et l’ennui des cours imposés, distraits de temps à autre par la fantaisie de chacun et le besoin de s’échapper.

Comment est né le projet ?
Après avoir réalisé chacun des films « loin » (Au nom du père, de tous, du ciel de Marie-Violaine Brincard tourné au Rwanda, Mirages et Sous le ciel d’Olivier Dury tournés respectivement au Niger et en Islande), nous avons eu le désir de faire un film à la fois « près » et ensemble. Nous souhaitions prolonger la démarche politique et esthétique de notre cinéma : proposer un espace de visibilité à ceux qui n’en ont pas tout en documentant un lieu. Nous habitons en 
Seine-Saint-Denis ; ce projet nous permettait de contrarier la représentation de la violence dans certains quartiers, d’aller à la rencontre des jeunes qui l’éprouvent quotidiennement et dont le parcours scolaire en est parfois l’expression, le prolongement.

Comment s’est définie l’écriture du film ?
Les repérages ont duré six mois, en immersion dans la classe, sans caméra. Nous étions là pour apprendre à nous connaître sans savoir si un film pourrait naître de cette expérience. Le projet de l’équipe pédagogique autour du territoire et de l’identité nous donnait des clés pour entrer dans leur univers. C’est grâce à la motivation et à l’accueil des enseignants que nous avons pu trouver notre place. Quand nous avons senti que nous étions acceptés par ces jeunes, qu’ils avaient envie de fabriquer un film avec nous, d’en être les acteurs, nous avons commencé à tourner en leur disant exactement ce que nous allions faire. Notre film serait centré sur eux et non sur l’institution scolaire. Ce n’était pas leur statut d’élève qui nous intéressait en premier lieu, mais ce que cette classe en marge du système pouvait nous révéler d’eux. Une vue depuis l’intérieur qui nous renverrait à ce qu’ils vivent en dehors.

Avez-vous rencontré des difficultés par rapport à la proximité de la caméra ?
La caméra était de leur côté : avec eux, au milieu d’eux. 
Notre regard et notre écoute privilégiaient leur monde. 
Nous avons travaillé exclusivement avec une focale fixe, un 50mm, pour ne pas trahir la distance qui nous séparait d’eux. S’ils n’avaient pas envie d’être filmés, ils changeaient de place, se mettaient derrière nous, nous faisaient un signe. Outre le micro caméra, nous installions à chaque cours un micro HF sur un élève. Chacun pouvait choisir d’être la voix d’un cours.

Que vous inspire la difficulté, rencontrée par un professeur, à parler de politique avec un élève ?
Nous ne l’avons pas perçue comme telle mais plutôt comme un échange d’égal à égal. La question du professeur d’Histoire-Géographie était très simple : « Les émeutes étaient-elles la seule réponse possible à la mort de Zyed et Bouna, ces deux jeunes garçons de Clichy-Sous-Bois qui, poursuivis par la police, s’étaient réfugiés dans un transformateur électrique ? ».

Avez-vous eu des retours des professeurs et des élèves suite à une projection du film ?
Non, le film n’a encore jamais été projeté. Les premières ont lieu au Cinéma du Réel.

Propos recueillis par Gauthier Leroy