Eco de la montaña de Nicolás Echevarría

ECO DE LA MONTAÑA
Nicolás Echevarría
2014 / Mexique / 80 min

« Je vis dans la ville de Mexico et j’ai consacré une grande partie de ma vie à documenter les rites et les coutumes de certains groupes indigènes du Mexique. » Nicolás Echevarría

Comment avez-vous connu l’artiste huichol Santos de la Torre ?
Je l’ai connu à travers Michael Fitzgerald qui par la suite est devenu le producteur exécutif du film. C’est par son biais que j’ai su que la peinture murale de l’artiste se trouvait au seuil du Musée du Louvre alors qu’il vivait dans l’anonymat.

Comment a surgi le désir de faire ce film ?
J’ai d’abord travaillé avec les Huichols en réalisant un film sur le pèlerinage du peyote (cactus sacré et hallucinogène faisant partie de leur vie religieuse et culturelle). J’ai par la suite réalisé un film sur María Sabina, la prêtresse reconnue qui utilisait
des champignons hallucinogènes pour soigner les maux du corps et de l’âme.
J’ai également travaillé avec des Tarahumaras, des Coras, des Popolocas, des Yaquis, etc. Au-delà de l’anthropologie ou de l’ethnographie, l’intérêt était aussi dans le regard d’un cinéaste.

Eco de la montaña est profondément politique. Vous dénoncez le paradoxe entre la reconnaissance de l’art indigène participant d’un certain orgueil national et le désintérêt chronique dont souffrent les communautés qui en sont les auteurs.
En théorie, le Mexique a toujours mené une politique de protection envers les coutumes du monde indigène. Beaucoup des Huichols vivent grâce à leur grande capacité à élaborer des produits artisanaux, en grande majorité avec des chaquiras
(petites perles qu’ils utilisent pour colorer leurs peintures murales). Par rapport à d’autres groupes indigènes, les Huichols sont non seulement habitués à se rendre en pèlerinage dans leurs lieux sacrés mais aussi dans des villes importantes, et même à voyager à l’étranger. Ce sont des gens très fiers de leur culture qui se débrouillent avec autorité dans le monde moderne. Les artistes huichols réalisent généralement leur travail de manière anonyme et il est rare que l’un 
d’entre eux soit distingué individuellement. Cela pourrait être mal perçu par la communauté qui considère qu’être artiste est un don des dieux pour tous.

Quelle est la position du gouvernement face à cette communauté aujourd’hui et quels moyens ont les Huichols pour sauvegarder et valoriser leur culture ?
Leurs territoires sacrés vont au-delà des propres frontières des lieux où ils habitent. Chaque année, ils partent en pèlerinage même si ces lieux sacrés sont menacés par l’accroissement urbain et le développement industriel. L’exemple le plus pertinent est la menace que constitue la construction de mines à ciel ouvert dans le désert de San Luis Potosí où les Huichols situent le centre de leur univers cosmogonique.

Wirikuta est la zone où pousse le peyote.
Le pèlerinage de Wirikuta est une des traditions les plus anciennes de pèlerinage religieux dans l’histoire de notre pays. Sous pression de certaines ONG ainsi que du peuple huichol, le gouvernement a proposé d’encadrer la production de ces mines, bien que le projet n’ait pas été définitivement suspendu. L’unique moyen qu’ont les Huichols de se défendre reste l’union au sein de leur peuple. Même si dernièrement des problèmes ont surgi entre eux, en partie liés aux frontières de leurs territoires, ils se sont unis face à la menace que représentent ces mines, contraints de solliciter la solidarité des sociétés civiles et représentants politiques.

A travers Eco de la montaña, vous nous donnez également à voir et à expérimenter différents rituels chamaniques…
Mon intérêt se concentre sur les rites durant lesquels le chamán oriente ses adeptes vers les traditions et la transmission orale de son histoire et de sa cosmogonie. Certains rites s’opèrent de nuit alors que le marakame transmet sous forme de chant tout son savoir aux adeptes. Il raconte l’histoire de la création de la vie, de l’homme, du feu, du sol, etc. Certains rituels, notamment l’ingestion collective du peyote, s’opèrent alors même que l’on cueille le peyote dans le désert. Le feu, comme centre de réunion des pèlerins et comme espace de rite, est un élément très important.

Quelle vie imaginez-vous pour le film en terme de diffusion ?
La prochaine projection se fera lors du Festival International de Cinéma de Guadalajara. J’espère que le film sera diffusé en salles même si je pense que l’idéal serait qu’il soit diffusé à la télévision. Si les Huichols sont une communauté reconnue au Mexique, une grande ignorance persiste sur leurs lieux de vie, leur quotidien, leur religion et les menaces qu’ils affrontent dans la société moderne.

 

Propos recueillis par Milaine Larroze Argüello