Compétition internationale

CARTA A UN PADRE d’Edgardo Cazarinsky

« La nuit dernière, j’ai rêvé que j’étais à Entre Rios… » : quand s’entendent ces mots en off, l’étang, les chevaux, la splendeur d’un paysage réel les a précédés, exauçant le rêve avant sa profération. Edgardo Cozarinsky malaxe comme à son habitude les traces, déplace les documents, cette fois-ci les papiers de son père disparu depuis longtemps et ceux de la petite colonie argentine qui l’a vu naître. Avec l’éloignement temporel mais aussi géographique (le cinéaste voyage pour la première fois dans le village paternel), une photo, une lettre se gonflent d’un romanesque vertigineux. Comment ce « gaucho juif » a-t-il osé s’engager dans la marine à 18 ans ? Que signifient l’inscription sur le sabre rapporté du Japon par le capitaine de corvette Cozarinsky ? Faut-il répondre aux questions que la mort a laissées sans réponse ? Plutôt que de refermer sur lui-même la quête généalogique, Cozarinsky l’ouvre à l’autre, à l’Histoire et aussi à l’autre de l’Histoire – comme ces indigènes qui, à l’arrivée des Européens, leur apportent spontanément du lait. Tantôt c’est un poème qui s’invite, broderie discrète dans le drap du film, tantôt un document contemporain – l’inscription antisémite sur un avis d’impôt de 2013 – évacue tout soupçon de nostalgie dans cette lettre au père lucide et testamentaire : « Mon ombre est l’ombre d’un jeune homme. Et moi aussi, je suis l’ombre d’un jeune homme ».

Charlotte Garson

Cinéaste et écrivain, Edgardo Cozarinsky est né à Buenos Aires. Une partie de son œuvre littéraire est traduite en français, notamment Vaudou urbain (1985), Trois frontières (2006), Loin d’où (2009). Il réalise des films depuis les années 1970 (dont Les Apprentis sorciers en 1976), sa filmographie la plus récente appartient à une veine essayiste et autobiographique –  Notes pour une biographie imaginaire (2010) et Nocturnos (2011).

ECO DE LA MONTAÑA de Nicolás Echevarría

Le prologue, une archive de 1997, a un goût amer : on y voit l’œuvre murale du Mexicain Santos de la Torre inaugurée en grande pompe à la station Palais-Royal à Paris, quelques mètres au-dessus du Louvre. Mais « ils ne m’ont pas invité. Je suis allé faire ma récolte. Ils l’ont mal installée… ». Juste retour des choses, c’est dans l’intimité domestique de Santos que commence vraiment le film. Pas seulement pour inscrire l’homme dans son environnement d’origine, mais pour comprendre que chacun de ses motifs perlés correspond à une figure historique, mythologique ou religieuse, dans une cosmogonie qui irrigue le quotidien. Du musée de Zacateca au pèlerinage à Wirikuta que Santos effectue pour demander aux dieux la permission de réaliser une nouvelle œuvre, le film épouse la forme de cet art méconnu. Procédant par tuilage, il fait l’aller-retour entre une image en train d’être composée et un imaginaire en train d’être vécu. Les scènes rituelles sur la Route de Peyotl reviennent comme des tableaux vivants, échos à la cartographie perlée de Santos. Au croisement de l’art et de l’ethnographie, Echevarria restitue à la fois l’amplitude du rapport huichol à la nature et au rêve, et l’humilité touchante de la technique de Santos : pour faire, en un an, la mer et le ciel, il faut une règle, un rouleau de scotch, des crayons de couleur. Et tout commence sur une feuille quadrillée.

C.G.

Cinéaste mexicain, Nicolás Echevarría est né en 1947. Il a réalisé plus de 20 films de cinéma et de télévision depuis la fin des années 1980. Sa filmographie oscille entre fictions et documentaires ; Cabeza de vaca (1991) a été présenté en Compétition officielle à la Berlinale, ce film (distribué en France en 2010) jouit du statut d’œuvre culte.

EXAMEN D’ÉTAT de Dieudo Hamadi

Devant le lycée Athénée royal de Kisangani, de larges flaques de pluie demeurent, ressac d’une inondation. « Athénée royal ? Athénée poubelle, oui ! » : le ton est donné, qui mêle désaffection pour la vénérable institution et nécessité pour les adolescents de décrocher malgré tout le baccalauréat congolais, dit « examen d’Etat ». De même qu’il parvenait à filmer à la fois un individu et une foule pendant la campagne électorale présidentielle de République démocratique du Congo Atalaku, Dieudo Hamadi s’insère ici on ne sait comment dans un groupe composite de candidats libres qui vont se construire un « plan maquis », une maison commune de révisions. Passe-ton bac d’abord ? Non, paie d’abord la « prime du professeur », sans quoi celui-ci t’éjecte de son cours, fût-ce devant une caméra. Le système scolaire, microcosme d’une société où corruption et débrouille s’entretiennent, n’est pas vraiment un objet d’analyse. C’est un tremplin vers une histoire : les élèves débarqués vont vivre deux mois avec des inconnus, récupérer des manuels, prier ensemble, faire bénir leurs stylo à bille et recruter des étudiants plus lettrés qu’eux. En suivant plus particulièrement la trajectoire de Joël, déterminé à ne pas finir porteur au marché, Dieudo Hamadi crée un contrepoint intime et, pour finir, poignant, au portrait de groupe.

C.G.

Dieudo Hamadi est né en République Démocratique du Congo à Kisangani, où se déroule Examen d’Etat, son premier long métrage. Diplômé de l’INSAS à Bruxelles, ses films ont été présentés à Cinéma du réel : Dames en attente (2010, co-réalisé avec Divita Wa Lusala) obtint la bourse Pierre et Yolande Perrault ; Atalaku (2013) fut lauréat du Prix Joris Ivens.

HE BÛ TUNE BÛ de Kazim Öz

Dans les pas d’une famille kurde qui émigre temporairement du sud-Est du Kurdistan turc pour aller planter des salades au Nord du pays, on laisse d’abord de côté la piste du conte suggérée par le titre. Nous sommes en effet présence d’un cinéma direct attaché à rendre la longueur du trajet en train ou la pénibilité et la dangerosité du travail ; en un mot, l’exploitation dans les grandes largeurs du plus jeune au plus âgé des membres d’une famille paupérisée. Un cinéma jamais honteux d’exposer la présence de son filmeur, qui dialogue parfois de derrière la caméra. Pourtant, comme des miettes de petit poucet, un prologue hétérogène au récit et une série de détails frappants (dont les perdrix que transporte le vieux père) brodent dans le documentaire de société un « il était une fois » qui n’attend que l’étincelle d’un coup de foudre entre adolescents pour changer de registre. Mais même quand l’histoire prend un tour inattendu, impossible d’oublier la division linguistique et culturelle entre Turcs et Kurdes. Des regards méprisants lancés à la famille paysanne devant la gare d’Ankara à l’inconfort de leur superviseur kurde aux champs, l’humiliation sociale et ethnique est montrée comme partie prenante d’une logique qui est aussi économique. Tour à tour respectueux et trépignant avec ceux qu’il filme, Öz aurait pu intituler son conte cruel Les Laitues de la colère...

C.G.

Ingénieur de formation, Kazim Öz a aussi étudié le théâtre et travaillé comme comédien et metteur en scène. D’abord assistant réalisateur pour le cinéma, il signe un premier film remarqué, La Terre en 1999 qui évoque, comme Once Upon a Time, la minorité kurde de Turquie. Sa filmographie oscille entre fictions (Fotograf en 2001) et documentaires (The Last season : Shawak, 2009).

IN SAMARTIEN de Volker Koepp

Toute entière invitation au voyage, l’œuvre de Volker Koepp se ressaisit et s’actualise avec une maîtrise étonnante dans In Sarmatien. Son prologue pose la métaphore du Schaktarp, glace fondue venue de Russie qui regèle sur le fleuve Niémen : une surface ni meuble ni solide, « comme nos vies ». La Sarmatie, territoire transnational qui s’étend à l’est de la Vistule de la Baltique à la mer noire, Koepp la retraverse avec la jeune génération d’aujourd’hui, d’un pas aussi juste que celui de l’accordéoniste aveugle suivi dans les travées d’un marché. Russie, Lituanie, Biélorussie, Pologne, Moldavie, Ukraine : dans ces paysages qui ont inspiré les écrivains et subi les pires exactions, le cinéaste enregistre le long témoignage de plusieurs de ses jeunes amies – des propos d’une telle densité que ces femmes accèdent presque au statut de génies des lieux. Leur rapport à leur terre d’origine se résume en un mot – l’exil – mais ce mot se déploie à l’infini : exil linguistique (du roumain appris en alphabet cyrillique sous le joug soviétique), exil affectif quand Elena dit n’avoir compris qu’au Musée de l’Holocauste de Washington que son village avait été le théâtre de meurtres de masse. Koepp capte enfin, avec une mélancolie jamais complaisante, le paradoxe douloureux selon lequel ceux qui refusent de s’exiler finissent par se sentir les plus solitaires de tous.

C.G.

Volker Koepp est né en 1944 à Stettin. Après des études à l’école polytechnique de Dresde, il suit les cours de l’école de cinéma de Babelsberg. De 1970 à 1990, travaille comme documentariste au studio DEFA. Il a réalisé plus d’une trentaine de films dont un certain nombre récompensés en festival. Son film Holunderblüte a reçu le Grand Prix de Cinéma du réel en 2008.

IRANIEN de Mehran Tamadon

« Je suis un Iranien qui ne pense pas comme eux et je le leur dis » : de 2010 à 2012, Mehran Tamadon, qui réside en France, revient dans sa maison de famille des environs de Téhéran pour débattre avec des « défenseurs de la République islamique d’Iran ». Réaménagé pour l’occasion, le salon servira de territoire partagé où lui,  l’athée, et eux, les trois religieux, vivront ensemble selon une constitution rédigée d’un commun accord. D’abord jubilatoire, ce dispositif tient moins du piège rhétorique que de la réunion de famille ou de l’analyse, sur un territoire où bien des paroles – et des portions du corps humain – n’ont pas à être dévoilées. Faire la cuisine, allumer un feu, choisir des photos à disposer dans la bibliothèque ou écouter de la musique : dans la matérialité la plus quotidienne, ce sont les frontières d’un monde que l’on déplace centimètre par centimètre, dans l’espoir douloureusement utopique qu’un vivre-ensemble est possible – un microcosme où la maison et le monde communiqueraient. L’épilogue dira quelle ressaisie hors-champ un tel projet a subi, mais le cadre du film, spatial comme temporel, fait de cette expérience un exercice de philosophie politique inédit et déchirant.

C.G.

Architecte et réalisateur iranien, Mehran Tamadon est arrivé en France à l’âge de 12 ans, en 1984. En 2004, il réalise son premier film, Behesht Zahra, Mères de Martyrs, présenté dans de nombreux festivals internationaux. Bassidji, son premier long métrage documentaire consacré aux défenseurs de la République islamique d’Iran, fût sélectionné dans de nombreux festivals de cinéma à travers l’Europe avant sa sortie en salles en 2009.

QUAND JE SERAI DICTATEUR de Yaël André

Qu’est-ce que faire l’autobiographie des autres ? Comment raconter l’histoire la plus intime qui soit – l’amitié de la narratrice avec Georges, sa folie, sa disparition – avec les bandes 8mm et super 8 d’illustres inconnus ? Profuse et espiègle, la réponse arrive dès le titre, alliant un substantif que nous associons, en nos contrées, au passé et au collectif (« dictateur ») à une première personne du futur. Nous voici entrés dans un univers où la virtuosité du montage démultiplie la réalité en une pluralité d’univers potentiels. A l’inverse des maquilleurs de faux en document qui pullulent dans la nébuleuse documentaire, Yaël André distille le home movie pour en extraire l’élan romanesque. Le détail le plus quotidien est ici empreint d’une étrangeté diffuse, et le sourire d’un nouveau-né qu’on jure avoir vu mille fois émeut à nouveau, cliché soudain décapé. Dans cette traversée des sept dernières décennies, la grande Histoire fait de la figuration, mais à la faveur d’associations souterraines entre les plans et le texte off, le deuil de l’ami peut entrer en collision avec les derniers feux de la colonisation belge. Qu’on ne s’y trompe pas, la forme est d’autant plus ludique et le ton plus enjoué que l’enjeu est affaire de vie ou de mort psychique : accepter de n’avoir pas d’autre vie que la sienne.

C.G.

Née en 1967 à Bruxelles, Yaël André a étudié la philosophie et l’écriture de scénario avant de travailler à Berlin comme chercheuse et programmatrice de films. Elle alterne aujourd’hui films « de cinéma » et installations vidéo, rêvant de trouver une méthode pour réaliser un film imprévisible, c’est-à-dire capable de  «susciter l’émotion d’une ravissante brume matinale au travers de la gaze d’une moustiquaire. »

QUE TA JOIE DEMEURE de Denis Côté

Ce film-essai aussi envoûtant qu’énigmatique aborde « le » sujet privilégié du cinéma documentaire : le travail manuel, la satisfaction ou l’aliénation des gestes répétés et de l’interaction avec la machine. Pourtant, rien de moins transitif que le cinéma de Denis Côté. Des plans majestueux, splendidement cadrés et éclairés, alternent ensemble et détail dans la première partie, avant l’introduction d’acteurs dans un deuxième temps. Que ta joie demeure construit un rythme qui défie celui des cadences ouvrières, et met en scène des paroles qui, dans leur théâtralité explicite, rompent l’habituel silence associé au labeur industriel. Déroutant nos sens et notre recherche de sens, le film se laisse aussi traverser furtivement par différents genres fictionnels : son proche de la science-fiction au générique, pans de romanesque dans l’esquisse de personnages, propos dignes d’un griot délivrés à la pause, ombre portée de Métropolis, frisson d’horreur devant la prière d’un ouvrier à sa machine pour conjurer perte d’un doigt, d’une main… En ces plans véritablement habités, la teneur sacrée du choral de Bach rejoint l’écriture à la fois imagée et abstraite du Giono de Que ma joie demeure pour tisser une forme si rare aujourd’hui qu’elle en devient incongrue : une allégorie.

C.G.

Ancien critique de cinéma, il réalise ses premiers films avec des moyens modestes. Les Etats nordiques (2005) remporte la Compétition vidéo à Locarno, un festival où ses films sont présentés et remarqués (Léopard d’argent de la Compétition internationale en 2010 pour Curling). Bestiaire (2012) fut présenté à Cinéma du réel, en Compétition internationale, lors de la 34e édition.

SAUERBRUCH HUTTON ARCHITEKTEN de Harun Farocki

Des architectes au travail : rien de plus cinématographique a priori, rien de plus graphique même qu’une alternance de plans entre le dessiné et le bâti, entre le plan et le tridimensionnel. Mais ce film au titre très corporate tourné trois mois durant au sein d’un grand cabinet berlinois s’écarte de cette netteté pour instiller un doute généralisé –un doute pas tant sur la valeur de ceux qu’il filme que sur son propre regard critique. Il n’est pas anodin en effet que pour l’un des projets en cours (un Centre de réalité virtuelle à Laval), les architectes cherchent à fondre l’édifice dans le paysage : l’invisibilité motivée par la destination du lieu fonctionne comme l’indice qu’en architecture, pendant toute la phase d’invention, il n’y a rien à voir, et qu’entre la maquette et la construction, ce n’est pas tant un changement d’échelle qui s’opère qu’un saut brutal, démiurgique, irréparable. Dans ce portrait de groupe, les créateurs apparaissent à la fois comme des maîtres rhétoriciens et comme des enfants jouant avec les matériaux et les couleurs. A travers leurs palinodies, ce ne sont rien moins que les rapports entre le verbe et la matière qu’interroge Farocki – qui à n’en pas douter trouve aussi un miroir du cinéma dans le mystère renouvelé de l’art architectural : produire des formes à partir de discours.

C.G.

Harun Farocki est né en 1944 à Nový Jičín, en Tchécoslovaquie. Il étudie à la Deutsche Film und Fernsehakademie à Berlin, où il vit et travaille actuellement. Il est d’abord réalisateur et aussi éditeur de Filmkritik, magazine dans lequel il développe, entre 1974 et 1984, une importante réflexion théorique sur l’image. Son œuvre, à travers une multiplicité de mediums, analyse les convergences entre la guerre, l’économie et la politique à l’intérieur de l’espace social.

SENKYO 2 de Kazuhiro Soda

Senkyo (2007) suivait la campagne bringuebalante de Yamauchi, candidat sans expérience parachuté par le Parti libéral-démocrate japonais à Kawasaki. Depuis, Kazuhiro Soda a livré en filigrane dans Théâtre, portrait d’un dramaturge et metteur en scène japonais, sa conception du « film d’observation » : un cinéma si direct qu’il saisit toute la théâtralité du quotidien, sa quintessence fictionnelle. « Vous ne créez rien, vous ne faites qu’enregistrer mon comportement naturel ! » proteste un politicien de Senkyo 2, ignorant qu’il fournit au cinéaste un traité documentaire.

Mais ce nouveau portrait de Yamauchi, reparti faire campagne en 2011, s’opère dans un contexte bien différent. Meurtri par l’incident tout récent de Fukushima (à 250 kilomètres), il candidate désormais hors-parti. Outré par l’incurie des autorités et encouragé par le succès de Senkyo, ce Mr Smith à la Capra bataille seul contre le nucléaire. Si sa campagne sans voiture sonorisée ni poignées de main réjouit par sa dimension burlesque, le film montre aussi combien elle relève d’un luxe insolent – le luxe de l’indépendance, une notion qui questionne jusqu’au tréfonds la culture japonaise.

C.G.

Kazuhiro Soda est né en 1970 au Japon et s’est installé à New York en 1993 où il a été correspondant pour la chaîne NHK. Il a réalisé plusieurs films de fiction et des documentaires, parmi lesquels  ses « films d’observation », projetés dans de nombreux festivals : Senkyo 1 (Cinéma du réel, 2007), Mental (Cinéma du réel, 2008), ainsi que Theatre 1 et Theatre 2 (Festival des Trois Continents, 2012).

THE STONE RIVER de Giovanni Donfrancesco

Au début du XXè siècle, des carriers de Carrare traversèrent l’Atlantique pour travailler dans les carrières de Barre (Vermont). Mais c’est à une époque un peu plus tardive que s’intéresse The Stone River, film de paroles « déplacées » comme l’ont été des corporations entières d’Européens paupérisés. Dans les années 1930, le gouvernement Roosevelt a lancé une vaste collecte de témoignages oraux et photographiques, document irremplaçable sur l’Amérique de la Dépression dont Steinbeck a nourri Les Raisins de la colère. Devant la caméra de G. Donfrancesco, des résidents de Barre disent les propos transcrits d’habitants d’alors. Filmés dans leur environnement et avec leurs souvenirs, les « Barriens » actuels deviennent le centre d’un étonnant précipité d’Histoire, qu’elle passe par leurs ancêtres ou par le métier qu’ils partagent avec ces inconnus qui vivaient et mouraient de la pierre. Ni récitation ni simulation, cette reviviscence du témoignage culmine dans le chant Brother Can You Spare a Dime, juste distance entre incarnation et citation. Dans les allées de Hope Cemetery, le gardien atteint de silicose qui aurait « dû » mourir à quarante ans comme les autres, vient donner corps pour de bon au passé, portant jusqu’à son terme ce dispositif de brouillage entre ici (l’Amérique) et là-bas (l’Italie), entre vivants et morts, entre pierre et poussière.

C.G.

Réalisateur et producteur, Giovanni Donfrancesco vit et travaille à Florence. Diplômé en sciences humaines. Il a fondé la société de production Altara Films, qui produit son travail ainsi que les projets d’autres auteurs. Ses films ont été montrées dans différentes festivals italiens et internationaux, parmi lesquels Shining Gold – Back to Cambodia (Festival dei Popoli, 2009) et Les Authentiques Fausses Têtes de Modigliani (2011).