Journal du réel #9: Mekkege Karai Jol

Mekkege Karai Jol
Asel Zhuraeva
Compétition internationale courts métrages
19’, Kirghizistan
Jeudi 29 MARS, 12H00, CINÉMA 1
Vendredi 30 MARS, 18H30, cinéma 1 + débat PETIT FORUM
Samedi 31 MARS, 16h15, Cinéma 2 + débat PETIT FORUM

Dans « Mekkege Karai Jol», (le chemin vers La Mecque), vous filmez la vie d’un vieil homme kirghize, Sulaiman Turdubayev, qui consacre toutes les économies accumulées pour un pèlerinage à La Mecque, à la construction d’un monument aux morts de la Seconde Guerre mondiale.

Comment avez-vous rencontré Sulaiman ?

J’ai fait sa connaissance par hasard. Je suis tombé sur un reportage qui parlait de lui à la télévision et j’ai tout simplement été surpris et conquis. J’ai pensé qu’il fallait que je rencontre cette personne.

Je me suis dit que c’était un sujet très actuel et que je pourrais en faire un film. J’ai aussitôt écrit un synopsis que j’ai baptisé «Héros de notre temps». Et puis j’ai commencé à le chercher, et j’ai fini par le rencontrer. Il m’a très bien reçu, nous avons longuement bavardé et j’ai compris la bonté intérieure, la sincérité de cet homme. Je suis heureux d’avoir rencontré un tel héros.

Vous le suivez dans son quotidien. Il semble vivre en harmonie avec son environnement, une vie modeste qui amplifie encore la signification de son acte. Quelles étaient vos motivations principales à en faire un film ?

Certes, il vit en harmonie et c’est aussi un homme heureux. Depuis de nombreuses années Sulaiman chemine lentement vers son rêve de pèlerinage, et tout à coup il trouve la possibilité d’aider les gens, mais pour ça, il doit abandonner son rêve. Qui de nous se prononcera sur une démarche similaire ?

Dans le monde moderne, il n’y a pas beaucoup de gens qui pensent et agissent autrement qu’en fonction des avantages qu’ils pourront en tirer.

Par ce projet, je voulais étudier toutes les facettes de son acte, en montrer la profondeur et éclaircir les raisons qui l’ont incité à tout donner pour la gloire commune. Je voulais aussi informer les jeunes générations de l’importance et de la noblesse de ce genre de don. Partager avec les spectateurs le désir de faire le bien.

Et pour cela, nous devons avant tout en comprendre l’essence, nous plonger dans le monde de Sulaiman, dans son expérience de vie peu commune qui lui a permis de prendre cette décision définitive.

Quelle est sa place dans le village ? Comment est-il considéré ? Dans le deuxième plan du film j’ai cru percevoir dans le regard des villageois une certaine moquerie ?

Dans le village, la plupart des gens travaillent aux champs. Lui était comptable. Matin et soir, il va au monument pour le nettoyer ou parfois même, tout simplement pour se poser et prendre un peu de repos. Les habitants du village le traitent gentiment, certains pensent qu’il est un peu bizarre, d’autres le vénèrent. Personnellement j’ai vu qu’il était très respecté, parce que très érudit. En ce moment, il veut construire un canal qui amènerait l’eau au village.

Il faut bien comprendre qu’il fait tout pour les gens. Il se bat pour que les jeunes ne quittent pas le pays, qu’ils puissent vivre et travailler au Kirghizistan. C’est un vrai patriote. Il n’est pas de ceux qui ont peur, il veut vivre en mémoire des leçons du passé. Il ne fait aucun doute que mon héros est heureux.

Pourquoi avez-vous pensé que les gens rient ? C’est un jour férié, le 9 mai, le Jour de la Victoire. Chaque année, les élèves des écoles préparent la parade. C’est une tradition. Moi et mon peuple respectons et nous souviendrons toujours de nos compatriotes qui se sont affrontés dans ces jours de guerre.

Maintenant, je pense à sa famille, sa maison et ce monument : c’est là sa Mecque. Lui n’a rien de sacré, c’est un heureux travailleur, une aimable personne ordinaire tout comme nous.

Propos recueillis et traduits par Olivier Jehan