Journal du réel #9: Arrested Cinema

Arrested Cinema

Une soirée dédiée aux cinéastes syriens
samedi 31 mars, 21h00, Cinéma 2.
Entrée libre dans la limite des places disponibles

Hama 82, Syrie, 2011, 27’
Waer, Syrie, 2011, 26’
Tournesol, Syrie, 2011, 25’
Taarik al Kawafel, Syrie, 2011, 21’

 Regardez dans mon coeur,
j’ai inventé pour vous une interview

 

Comme un musulman pratiquant qui se prépare avant la prière, je fais mes ablutions, je traverse le couloir du Purgatoire pour me laver de toutes sortes de mensonges et d’erreurs afin d’arriver face à la vérité et mériter d’interroger un cinéaste syrien. Un cinéaste qui vit la révolution, qui la fait, qui fabrique des films sur cette vérité, qui paye cher pour réaliser ses documentaires en vivant dans la clandestinité ou en faisant de la prison ou encore en donnant sa vie.

–  Des documentaires, en ce moment de vie ou de mort, pourquoi en fait-on ?
–  Pour pouvoir vivre… Pour vivre.

–  Des films sans générique, pourquoi l’anonymat ,
–  Pour l’instant, les films naissent tout seuls, par nécessité et sans personne, mais après la chute du régime, les noms des artistes qui ont fait les films vont pousser dans les images comme un champ de coquelicots.

–  Dans ce cas-là, comment peut-on protéger les droits d’auteur ?
–  Pour les droits d’auteur, il faut d’abord protéger l’auteur… Qu’il reste vivant et qu’il ne soit pas prisonnier.
La révolution syrienne change les définitions des choses et leurs logiques. Au lieu de protéger les droits d’auteur d’un film, c’est au film de protéger les droits de son réalisateur en tant qu’être humain.

–  Les lieux sont les héros des films presque au même titre que les personnages. C’est une nouvelle sorte d’égalité ou de définition ?

–  Le régime tyrannique s’acharne depuis un an contre le peuple syrien et ses lieux. Le peuple se sacrifie pour sa liberté et sa dignité et le nombre des martyrs dépasse les neuf mille alors  que les lieux, les villes, les villages, les quartiers, les rues, les ruelles prennent une importance énorme et s’offrent comme des espaces sacrés en faveur de cette lutte unique, unique et solitaire.
Ces films rendent hommage à ces lieux.
Ces films ne sont qu’une poignée de terre de ces lieux.
Ces films ne sont qu’une petite fenêtre vers ces lieux.

 

Paris 03/03/2012                                                                                                                                                                          Hala Alabdalla