Journal du réel #8: RIVER RITES

RIVER RITES
BEN RUSSELL
Compétition internationale courts métrages
11’, états-Unis / Surinam
MERCREDI 28 MARS,13H00, CINÉMA 2 + débat PETIT FORUM
Vendredi 30 MARS, 16H15, cinéma 1 + débat PETIT FORUM
Samedi 31 MARS, 12H00, Centre Wallonie-Bruxelles

Observation à contre-courant des habitudes d’une communauté animiste autour d’une rivière au Surinam. Entre étrangeté et imprégnation du réel, le film révèle la folle énergie qui se cache derrière les gestes apparemment anodins des habitants de ce lieu sacré.

Votre film tire le meilleur profit d’un dispositif finalement très simple. Était-il prévu à la base ?

J’ai filmé ce plan pendant que je tournais « Let Each One Go Where He May », en 2009. A l’époque j’imaginais qu’il aurait intégré le film mais l’énergie, les actions, les gens, tout était très différent. Je suis régulièrement revenu sur ce plan, en me demandant ce que j’aurais pu en faire. Finalement j’ai eu l’idée à un moment où je lisais Maya Deren, un texte autour du cinéma et du temps. J’avais vu son film tourné dans les années 1980, « Divine horsmen », qui traite du fait de changer la temporalité d’un film par rapport à un évènement surnaturel ou étrange. Je crois que le vrai projet du cinéma est de montrer ce qui ne peut pas être vu ou perçu. Je pense à la « spirit photographie » dans les années 1920, les fantômes, etc… Voilà pourquoi l’émotion est vraiment cette chose incroyable à expérimenter au cinéma, parce qu’elle ne peut pas être vue ou expliquée mais seulement ressentie. Ce qui se passe à la rivière au moment où je la filme, ce n’est pas simplement ce que le film montre, il y autre chose.

Effectivement, le film transmet une sorte de force surnaturelle de la communauté mais il propose également une attention renouvelée aux gestes simples du quotidien, en les sortant de la perception habituelle qu’on en a. À quels rites vous référez-vous dans le titre ?

Les gens qui vivent sur cette rivière, les Saramaccans, sont des animistes. Ils ont un système de croyance qui s’appelle « Obia » et leur dieu se trouve dans la rivière. Il y a des endroits pour eux plus chargés que d’autres et même lorsqu’ils ne pratiquent pas de rites religieux, ils restent dans ces espaces. Plus qu’une religion, c’est une façon de vivre. Le film est autour des rites du quotidien d’un espace particulier, où il y a des activités spécifiques au lieu et aux personnes qui l’habitent.

La musique surgit dans le film et lui donne beaucoup de son énergie. Comment l’avez-vous travaillée ?

C’est un ancien enregistrement d’un groupe que je connais bien qui s’appelle « Mindflayer ». Quand j’ai l’ai posé sur les images ça a marché immédiatement, de manière directe. Le morceau vient d’un endroit très spécifique dans la East coast, c’est de la noise music un peu freak, ça a à voir avec une ambition communautaire. Je connais bien cet endroit, j’y ai vécu, les musiciens sont des amis. J’ai aussu vécu au bord de la rivière du film pendant deux ans. Dans ma tête c’est une façon de rapprocher ces deux endroits, les énergies au fond sont très similaires. Bizarrement, on ne parle pas souvent de la musique pour ce film, peut-être parce qu’elle marche si bien. Mais finalement c’est un élément très discordant : on combine deux choses qui ne sont pas censées être mises ensemble. La seule chose qui les relie, c’est mon expérience personnelle.

Comment approchez-vous le réel ? Comment avez-vous organisé ce plan-séquence ?

Quand je l’ai tourné tout était mis en scène, les personnages et les actions étaient préparées. Par ailleurs, je ne crois pas vraiment que les documentaires existent. Il y a beaucoup d’interférences en présence d’une caméra, les gens savent qu’ils sont filmés. « River rites » n’est évidemment pas une fiction, mais, aussi, il n’est clairement pas un documentaire. Je dirais qu’il est une non-fiction.

Propos recueillis par Lucrezia Lippi