Journal du réel #8: HENRY HUDSON AND HIS SON

HENRY HUDSON AND HIS SON
FEDERICO VLADIMIR STRATE PEZDRIC
Compétition internationale COURTS MÉTRAGES
20’, GRANDE-BRETAGNE
MERCREDI 28 MARS,18H30, CINÉMA 2 + débat en salle
JEUDI 29 MARS, 16H15, cinéma 1 + débat PETIT FORUM
VENDREDI 30 MARS, 12H00, petite salle

Comment vous êtes-vous intéressé à l’histoire de l’explorateur Henry Hudson ?

J’ai découvert au Tate Britain, le tableau de Henry Hudson et de son fils. Cette peinture de  John Collier m’a plu immédiatement. Je me suis documenté sur son histoire et j’ai su tout de suite que je voulais en faire quelque chose. Puis en me demandant pourquoi, j’en suis arrivé à la relation que j’entretiens avec mon père. Tout me conduisait à réaliser ce film.

Comment avez-vous écrit ce film ?

Au montage. Pour moi, il commence au moment même où surgit l’idée du film. J’ai écrit et pensé le film sur papier en listant des noms et leurs relations entre eux. Au départ j’avais plusieurs lignes directrices : le lien avec mon père, l’apprentissage par l’analyse des erreurs de nos parents et l’intérêt d’un passage par la fiction dans la résolution de ces problèmes. Ce qui m’intéresse est ce jeu réfléchissant dans notre famille, dans la caméra, dans la fiction.

Pourquoi avoir réalisé ce film seul ?

C’est un film personnel, mais c’est surtout un projet très organique et que j’avais besoin de garder près de moi. Cela ne m’empêche pas de travailler avec d’autres techniciens mais cela se fait dans une organisation horizontale : je les aide sur leurs projets, ils m’aident sur les miens. Comme dans le film. Au début mon père me demande d’éteindre la caméra et à la fin c’est moi qui le dirige devant ma caméra. J’aime interroger la hiérarchisation. Ici c’est le rapport à l’autorité du père qui m’intéressait, dans mon prochain film, ce sera celle entre le filmeur et le filmé, entre le narrateur et le spectateur. Mettre le spectateur à la place du réalisateur, le convoquer à un travail d’addition et de création pour qu’il construise son propre chemin narratif pendant qu’il visionne mon film, m’intéresse.

Pourquoi avoir choisi de mêler différents formats ? De tourner dans des environnements divers ?

Aujourd’hui, la Haute Définition règne sur le numérique, la pellicule sur la vidéo. J’ai voulu mettre toutes ces images au même niveau, aucune n’est au-dessus de l’autre. Le choix des lieux au tournage, mis à part le lien à ma famille qui vit aux quatre coins du monde, tient à ce plaisir de mélanger des choses, de créer des relations entre des objets qui n’ont rien à voir entre eux. Le hasard peut alors rentrer en compte, et c’est là que le réalisateur doit saisir sa chance. Pour moi, c’est quand j’ai emmené mon père tourner dans les montagnes qu’elle a surgi. L’arrivée dans ce paysage embrumé faisait écho avec les images tournées en studio quelques jours auparavant. Ce n’était pas prémédité, mais c’est arrivé. Selon moi, le cinéaste doit développer sa capacité à percevoir ce qui surgit, pour s’en nourrir et créer son histoire. Pour trouver, dans la réalité, le matériel qui lui permet de passer dans la fiction, pour mieux aborder le réel. « Henry Hudson and his son » raconte l’histoire d’un explorateur du 19e siècle et de son fils à travers une documentation sur l’histoire de mon père et moi.

C’est votre premier film, quel fut votre parcours ?

Je ne pense pas que le cinéma se réduise à la projection en salle. Lorsque j’ai fait une installation sur mon grand-père, à base d’archives, de documents variés que j’ai liés entre eux, j’ai pensé l’installation comme un champ / contrechamp. Ma plus grande inspiration est le travail de l’iconologue allemand Aby Warburg, qui fut l’objet d’un livre de Philippe Alain Michaud en France. Au début du XXème siècle, cet homme rompait avec une lecture linéaire de l’Histoire de l’Art en mettant une pub à côté d’un Botticelli.

Propos recueillis et traduits par Marjolaine Normier