Journal du réel #8: BACHELOR MOUNTAIN

BACHELOR MOUNTAIN
YU GUANGYI
NEWS FROM…, 95’, chine
VENDREDI 30 MARS, 21H00, CINÉMA 1

« Bachelor Mountain » prend place dans les forêts de la cordillère de Changbai, au nord de la Chine. En suivant au plus près San Liangzi, un bûcheron vivant de petits boulots, le réalisateur Yu Guangyi décrit un univers dur et aride, de plus en plus abandonné et principalement peuplé d’hommes célibataires. San Liangzi est massif, toujours en mouvement, silencieux, travaillant sans relâche dans des conditions difficiles. C’est surtout un drame amoureux qui se joue dans « Bachelor Mountain ». San Liangzi nourrit un amour indéfectible et à sens unique pour Wang Meizi, une jeune célibataire qui tient un gîte pour touristes. Depuis des années, il l’aide du mieux possible, travail sans relâche pour elle, espérant qu’un jour ses sentiments seront reconnus et partagés.

Yu Guangyi installe un rapport intime et doux avec ceux qu’il filme, dans une mise en scène attentive d’une belle évidence.

“Bachelor Mountain” vient clore votre « Hometown trilogy ». Comment est-ce que ce film s’inscrit dans la continuité des deux précédents ?

Il ne situe pas vraiment dans la continuité parce que j’avais déjà commencé à filmer « Bachelor Mountain » pendant la production de « Survival Song », et que j’avais également déjà filmé des images de « Survival Song » en faisant « Timber Gang ». D’une certaine manière, ils empiètent les uns sur les autres et j’ai vraiment tourné les idées qui me venaient d’abord et les films dans la foulée.

Comment avez-vous créé la confiance et l’intimité nécessaires avec San Liangzi, votre protagoniste principal ? Vous êtes seul au tournage, avec votre caméra, quels rapports avez-vous eu avec lui pendant le tournage ?

Nous nous connaissons depuis que nous sommes tout petits puisque nous avons grandi ensemble dans la même exploitation forestière. Donc la confiance était déjà là, je n’ai pas vraiment eu besoin de construire une relation.

La mise en scène est très physique, en mouvement, proche des corps, et attentive aux gestes. Est-ce que c’était un aspect décidé par vous dès la préparation du film ?

Pas vraiment. C’était une décision très impulsive lorsque j’ai décidé de faire « Timber Gang », et je n’y ai pas vraiment réfléchi au départ. J’imagine que, au fur et à mesure, les choses se sont faites sans que je réalise comment je les faisais.

Vous filmez un environnement rude, et un progatoniste presque toujours en action et peu causant. Pourtant, votre film s’occupe principalement de sentiments. Est-ce qu’il a été difficile pour vous de traiter cette question de l’amour dans ces conditions ?

Comme je l’ai dit précédemment, j’ai grandi dans cet environnement. J’ai toujours été un des leurs. Ce sont ces conditions difficiles qui m’ont poussé à partir pour avoir une vie meilleure. Maintenant que je suis revenu, je veux pouvoir porter un regard objectif sur cette force qui m’a éloigné. Mais à l’intérieur, j’ai une profonde affection pour cet endroit. C’est pour ça que je suis revenu.

Quand j’étais enfant, des gens de la ville venaient prendre des photos et nous les envoyaient quelques jours plus tard. Tout le monde était ravi. Ce que je fais aujourd’hui c’est la même chose. Je ne suis qu’un homme qui fait des films de leurs vies.

Vous avez choisi d’être présent dans votre film, par votre voix parfois, et aussi par la présence visible de la caméra. Est-ce que l’engagement du réalisateur en tant que personne participant à ce qu’il filme est une notion importante pour vous ? 

Ça dépend du sujet que vous filmez. Si vous filmez des gens que vous connaissez, c’est difficile de ne pas s’impliquer. Si vous filmez un environnement tout à fait nouveau pour vous, ça peut parfois être plus difficile de développer une vraie relation avec le sujet.

Pouvez-vous nous dire quelles ont été les conditions de production de votre film ? Est-ce qu’il a été difficile à mettre en place ?

Il n’y a quasiment pas eu de préparation. Comme je le disais, je connais très bien ces gens, ce qui éliminait tout de suite les questions de confiance. Je n’ai commencé à faire des documentaires qu’à l’âge de 44 ans, et je n’ai pas de formation en cinéma. Mais quand j’ai entendu que le gouvernement allait interdire la coupe du bois dans cette région pour protéger l’environnement, je me suis senti obligé de faire ce film. J’ai acheté une caméra numérique dont j’ai appris les fonctions de base en une après-midi, et je suis retourné dans la forêt.

Vous êtes par ailleurs plasticien, vous réalisez des imprimés sur bois. Faites-vous un lien entre votre travail graphique et vos films documentaires ?

Mon travail sur bois concerne aussi les gens qui vivent dans les montagnes de Changbai. Comme vous le constatez, j’ai une affection sans faille pour les forêts enneigées qui m’ont vu naître.

Propos recueillis et traduits par Sébastien Magnier et Julien Meunier