Journal du réel #7: Dusty Night

DUSTY NIGHT
Ali Hazara
Compétition Internationale Courts Métrages
20’, Afghanistan / France
Jeudi 29 Mars, 12h00, Cinéma 1
Vendredi 30 Mars, 18h30, Cinéma 1 + Débat Petit Forum
Samedi 31 Mars, 16h15, Cinéma 2 + Débat Petit Forum

De France, on n’imagine pas qu’un endroit comme celui-ci puisse exister, que vouliez-vous dire derrière ce titre : “Nuit de poussière”

Ce film est une métaphore de l’Afghanistan. Depuis longtemps mon pays traverse une longue nuit sombre et poussiéreuse. Nous sommes un peuple en attente du levé du soleil, mais l’aube ne se lève jamais. La nuit symbolise l’ignorance de mon pays. La poussière est un clin d’?il à l’Histoire de l’Afghanistan ces 30 dernières années et plus précisément depuis l’arrivée des forces étrangères il y a dix ans pour instaurer la démocratie.

Comment vous est venue l’idée de ce film ? Où se passe t-il ?

Le film se passe à l’ouest de Kabul dans le quartier de Dasht-é Bartchi, où résident principalement les Hazaras (tribu afhane persanophone chi’ite). J’habitais dans ce quartier. Le soir en rentrant à la maison, je vivais ces scènes fascinantes avec pour seul éclairage les phares de voitures : l’ombres des hommes en vêtement orange balayant. Ces visions me rappelaient les films “Cinéma Paradiso ou Tiché de Kosakowsky…

Aviez-vous un synopsis précis avant le tournage ? Parlez-nous de l’écriture de votre film ?

J’écris de la poésie. Je vois le monde à travers les symboles. Le fil conducteur est ce parcours de balayeurs fixés dans des plans fixes, le son de la route et la lumière des phares. Je me suis formé avec les ateliers Varan de Kabul où l’esthétique de l’image n’est pas mise en avant. Mais ils m’ont compris et soutenu dans cette aventure commencée début 2010. Au départ, je voyais la poussière, les balayeurs, ce travail qui ne s’arrête jamais, tel Sysiphe. Chaque séquence a un sens symbolique sur l’Afghanistan d’aujourd’hui. Mon intention était que ce film dure l’espace d’une nuit et techniquement il a fallu une année de tournage entre les intempéries et les fêtes religieuses.

Qui est ce balayeur qui parle avec nostalgie de son passé avant l’arrivée des Kouchis ? Qui sont les Kouchis ?

Les Kouchis sont des nomades. Il y a 150 ans le roi Abdolrahman a déplacé de l’Inde vers l’Afghanistan des tribus Pashtouns (tribu afghane pachtounophone sunnite souvent en conflit avec les Hazaras). Pour avoir leur soutien, le roi, d’origine Pashtoun, leur a permis d’occuper la terre des autres surtout celle des Hazaras. Cette loi est toujours pratiquée aujourd’hui. Il y a 3 ans les Kouchis ont brulé la maison de ce balayeur, tué ses animaux domestiques et pris ses terres. Avec sa famille il a dû immigrer vers les montagnes à une heure de Kabul. Tous les soirs, à pieds avec ses deux fils, ils empruntent une route dangereuse pour venir travailler jusqu’à l’aube. L’histoire de cette famille est le symbole de nos interminables guerres intérieures. Ce travail qui est le gagne-pain de nombreuses familles est absurde et ne sert à rien. Il y aura toujours de la poussière venant de ces petites rues sans asphalte.

Où sont les femmes dans votre film ?

J’avais mentionné qu’il n’y aurait pas de femmes dans ce film à l’image de ce qui se passe actuellement en Afghanistan. En tant qu’Afghan je crains que les Talibans reviennent. Il y a seulement 3 semaines l’assemblée des sages a fait passer une loi interdisant aux femmes le droit d’être dans un espace public si elles ne sont pas accompagnées de leur mari, d’un frère ou de leur père, y compris celles qui travaillent au parlement.

Propos recueillis par Lydia Anh et Mahsa Karampour