Journal du réel #6: France, détours -ce trait c’est ton parcours

France, détours -ce trait c’est ton parcours
Frédéric Moser, Philippe Schwinger
Contrechamp français, 53’, France
mercredi 28 mars, 18h30, Cinéma 1 + Débat petit forum
vendredi 30 mars, 16H00, Cinéma 2 + Débat EN SALLE
Samedi 31 mars, 10H30, Centre Wallonie-Bruxelles

Le Fil continu accueille des collégiens exclus temporairement. En captant la parole continue, au c?ur de ce dispositif, qui s’engage entre éducateurs et élèves, les réalisateurs révèlent une étrange mise en scène de l’éducation.

Le film s’inscrit dans votre projet « France, détours », pouvez vous nous en dire plus ?

« France, détours » a commencé en 2009. Il s’inspire du projet « France, tours, détours, deux enfants » réalisé par Jean-Luc Godard et Anne-Marie Mieville en 1978 pour la télévision. Eux-mêmes réinterprétaient un ouvrage scolaire du 19ème siècle  : Le tour de France par deux enfants. Le récit, à forte connotation idéologique de ces deux orphelins faisant des haltes dans chacune des régions de France visait à rassembler la France du 19ème siècle. Godard et Mieville, eux, ont interrogé le vivre ensemble dans la France des années 1970 en questionnant un petit garçon et une petite fille sur 12 épisodes.

Nous ne voulions pas être fidèles aux épisodes de Godard mais partir de situations localisables et spécifiques pour questionner des jeunes de 14-22 ans sur le vivre ensemble, sur un mode de vie, de faire, de penser. C’est ce que nous avons fait à Toulouse à la cité du Mirail en 2009 dans un premier épisode de 26 minutes.

Suite à cela, la Fondation Kadist nous a proposé de visiter l’association le Fil continu à Pierrefitte-sur-Seine qui travaille avec des écoliers exclus temporairement. Cela nous a paru pouvoir être la suite des questions soulevées dans notre premier épisode sur l’éducation nationale, sur la sanction, sur le pourquoi des mesures de réinsertion et d’exclusion.

On a l’impression que votre film porte plus sur l’éducation et ce dispositif particulier, que sur les jeunes eux-mêmes.

Cela a été une forme de choc de voir ce qui se passait entre les adultes et les écoliers et, contrairement au premier épisode, nous avons pris le parti de ne pas adopter un rôle d’adulte qui questionnerait encore une fois les écoliers mais plutôt d’observateurs. Les jeunes ont peu la parole, mais on pensait que se focaliser sur ce qu’ils expriment dans le non-dit, la gestuelle ou le refus, en disait beaucoup de leur situation. Et, comme au Mirail, c’est un miroir de ce que fait la société.

Les éducateurs on-t-ils une formation spécifique pour pouvoir intégrer ce dispositif ?

Ils se disent « médiateurs », mais nous n’avons pas vraiment eu de réponse quant à leur formation. Nous savons qu’ils ne sont pas recrutés par l’Education nationale, qui  accepte mais  ne soutient pas encore l’association  qui gère cet espace. Cette structure pionnière a suscité un grand débat au sein du collège sur la légitimité de ce lieu tant  au niveau du dispositif que de l’encadrement.

Au départ, nous étions très favorables à l’idée d’une structure qui accueille les élèves exclus et qui se dise réfléchir à l’exclusion. Mais nous avons été déçu par la maigreur de l’encadrement et du manque de réflexion, et c’est le constat que l’on fait. C’est important de questionner ce temps d’exclusion, ce qu’est la sanction dans des zones dites difficiles.

Comment avez vous travaillé le montage ?

Nous avons préféré retirer les entretiens que l’on avait faits avec les enseignants. Ayant tourné avec une seule caméra, on a dû faire un travail de montage assez fin de champ/contre-champ.

On a fait le choix de voir les adultes le moins possible, mais de les faire apparaitre à l’image dans les moments où ils réfléchissent ou lorsqu’il se mettent en scène. Cette forme d’auto mise en scène contraste d’ailleurs avec la manière qu’ont les écoliers de faire abstraction de notre présence, à l’exception de cette petite bagarre vers la fin où cela est tout de suite dit.

Vous êtes suisses et pour ce projet vous avez décidé de ne vous consacrer qu’à la France ?

Oui, du fait du projet initial de Godard et Mieville. Pendant 10 ans nous avons travaillé à Berlin, à Londres, en Pologne. « France Détour » est la première ?uvre que nous produisons en France. Nous avons une pratique d’artistes plasticiens qui intègre le médium film. Notre nationalité nous permet d’avoir un regard étonné et surpris sur les structures des pays où l’on travaille.

Comment allez-vous continuer votre parcours « France Détour » ?

Nous devrions tourner à Marseille très prochainement mais cela dépendra de financements toujours difficiles à obtenir. Cette fois-ci nous nous intéressons à des jeunes des classes privilégiées qui se destinent aux grandes écoles.

Propos recueillis par  Daniela Lanzuisi et Amandine Poirson