Journal du réel #6: Four Months After

Four Months After
Yuki Kawamura
Compétition internationale courts métrages
12’, Japon / France
vendredi 23 mars, 16h30, Cinéma 1 + débat petit forum
dimanche 25 mars, 13h00, Cinéma 1 + débat petit forum
Mercredi 28 mars, 17h00, Centre Wallonie-Bruxelles

« Four Months After » nous plonge dans les vestiges du tsunami qui frappa les côtes japonaises le 11 mars 2011. Comment est né le projet de faire ce film ?

C’est un hasard, j’ai eu la chance d’être invité au japon dans le cadre d’un festival. C’était en juillet, 4 mois après le tsunami. J’habite à Paris et donc les seules images de la catastrophe m’étaient données par la télévision française ou internet. C’est à Tokyo, en discutant avec des amis qui étaient allés sur place, comme volontaires pour aider, que je me suis dit que mon volontariat à moi serait de filmer l’état actuel des lieux en cette période moins médiatique. En France on a vu beaucoup d’images au moment du tremblement de terre mais plus rien depuis. J’avais envie de témoigner, pour archiver. Je suis allé dans 3 villes : Kesen-Numa, Rikuzen-Takata et Ishinomaki.

Le premier plan de votre film nous plonge tout de suite dans l’ambiance. Dans un long panoramique vous filmez la mer calme, puis la nature, quelques arbres, les montagnes immuables qui encerclent un vaste champ de ruines. Le panoramique se poursuit et arrive sur des grues qui ressemblent à des monstres et qui fonctionnent toutes seules.

L’humain a disparu. On a l’impression que ce qui s’est passé là n’est pas à dimension humaine et le calme apparent de la nature dramatise encore plus, par contraste, l’évènement hors champ qui a produit tout cela. Comment est venu ce choix du panoramique ?

En arrivant je me suis dit qu’il n’y avait pas d’autre façon de filmer. Je n’ai pas réfléchi, c’était instinctif. C’est d’ailleurs le premier plan que j’ai tourné en arrivant sur les lieux.

Les panoramiques permettent aussi de laisser le temps, de forcer à regarder les détails. Parce que quand on est là-bas, on ne mesure pas vraiment ce qui s’est passé, c’est très irréel, En même temps quand on voit une chaussure d’enfant, une VHS, des traces de réel très chargé, on mesure, par contraste, l’ampleur de ce qu’on voit.

En effet, on a l’impression que vous ne croyez pas à ce que vous voyez et qu’il y a un besoin de filmer à 360° pour mesurer l’ampleur du désastre et rendre compte d’une réalité qui nous dépasse. On voit aussi un drapeau en forme de poisson ?

C’est un drapeau qui marque la fête des enfants au Japon, c’est une fête traditionnelle, le drapeau est resté, probablement pour symboliser l’espoir. Ce qui m’intéresse c’est d’être dans cette période d’entre-deux, entre le tsunami et la reconstruction. Je suis sûr que dans un an, on ne reconnaîtra plus rien. Je voulais témoigner de cette période de transition, de passage.

Vous filmez la présence d’humains mais ceux-ci ont l’air déconnectés du lieu. Des ouvriers, des promeneurs à vélo ne montrent aucune émotion particulière face à ce paysage désolé. Cela crée un décalage avec le drame.

Je ne voulais pas filmer d’humains, j’aurais pu interviewer des volontaires mais je manquais de temps pour ce genre de film et je voulais plutôt me concentrer sur les lieux, filmer là où j’étais. Ce qui est frappant, c’est de voir ces gens continuer à vivre, ils ne sont pas tristes, ils savent qu’ils ne peuvent plus reculer, ils n’ont pas le choix, ils doivent regarder devant eux. Il y a un homme qui boit sa canette à la fin du film en regardant la mer sur une terrasse surplombant les ruines. Je suis sûr qu’il habite juste à coté. Chaque jour, il voit ce champ de ruines et la reconstruction. On sent qu’il y a d’un côté l’espoir et de l’autre l’acceptation douloureuse de sa condition. De toute façon on doit avancer. Et il y a la mer au fond… On ne peut pas dompter la nature, on ne peut que coexister avec elle.

Propos recueillis par Olivier Jehan