Journal du réel #5:Espoir-Voyage

Espoir-Voyage
Michel K. Zongo

Compétition Internationale Premiers Films, 82’, Burkina faso / France
Dimanche 25 Mars, 15h00, Cinéma 1 + Débat petit forum
Lundi 26 Mars, 18h00, Petite Salle + Débat en salle
Vendredi 30 Mars, 14h00, Centre Wallonie-Bruxelles

Comment est né votre film ? A quel moment avez-vous décidé de faire un film à partir de cette quête personnelle ?

Joanny, mon grand frère, a brusquement quitté la famille un matin de l’année 1978. Après 18 années d’absence et sans nouvelles de lui, Augustin, un cousin qui revenait de la Côte d’Ivoire, nous annonça que Joanny était décédé. Pendant toute mon enfance, j’avais attendu son retour, j’avais donc du mal à croire qu’il était mort. Depuis ce temps, j’ai nourri en moi la promesse de partir un jour pour vérifier cela. C’est ce que j’ai fait, armé de ma caméra.

Au début du projet, je me disais que raconter une histoire aussi personnelle avait quelque chose d’impudique, alors mon idée a été de faire un film plus général sur les jeunes burkinabés qui émigrent en Côte d’Ivoire. Mais au fond, c’était un film sur mon grand frère que je voulais faire. C’est en travaillant avec Christian Lelong, mon co-producteur, que j’ai assumé ma place  et que j’ai trouvé l’angle du film.

Racontez-nous un peu les conditions de tournage, la durée, les difficultés, les joies, la magie du réel.

Le tournage a duré 7 semaines entre Koudougou au Burkina Faso et la Côte d’Ivoire. C’était un tournage très difficile. Nous avons eu assez peur, mais la joie était aussi présente. La Côte d’Ivoire était dans une situation politique très tendue. C’était à la période des tractations pour l’organisation des élections et le pays était divisé en deux. Nous sommes rentrés par le nord de la Côte d’Ivoire alors que cette zone était contrôlée par les rebelles. Nous étions munis d’une autorisation de tournage délivrée par l’ambassade de la Côte d’Ivoire au Burkina Faso, mais en zone rebelle il ne fallait surtout pas la montrer. Nous avons traversé le pays de telle sorte que nous nous sommes retrouvés aussi en zone loyaliste, et venant du nord, nous étions considérés comme des espions, des rebelles. Avec le matériel de tournage c’était encore plus compliqué. On nous l’a confisqué à Issia et j’ai dû me rendre au Ministère de la Culture à Abidjan afin de renégocier une autorisation de tournage en bonne et due forme. Heureusement, la télévision ivoirienne était partenaire de mon projet, sinon cela aurait été encore plus compliqué à résoudre. Vu la situation, je m’attendais un peu à ces difficultés, mais pour moi c’était le moment de partir. Jupiter, mon ingénieur du son, a été un vrai soutien, car ce n’était pas vraiment évident de faire la part des choses entre mon histoire personnelle et l’exigence cinématographique. Une des plus grandes joies fut le jour où nous sommes arrivés  dans la cour du patron de mon grand frère. Ce fut un moment très fort pour moi.

Dans votre film vous abordez la problématique de l’immigration et vous établissez un dialogue filmé entre ceux qui sont restés et ceux qui sont partis. Parlez-nous de ce choix.

Le choix d’établir ce dialogue filmé est pour moi une manière d’essayer de dissiper l’éternel mal entendu qui a toujours existé entre ceux qui sont partis et ceux qui sont restés. Je me suis toujours demandé comment on peut arriver à rompre tous les liens avec les gens qu’on aime. Très souvent, les émigrés choisissent à un moment donné de rompre les liens très forts avec la famille. Ce fut le cas de mon frère Joanny. Ceux qui sont restés jugent souvent ceux qui sont partis. Dans cette incompréhension totale, tout le monde souffre. Dans mon film, ma tante donne des nouvelles à son fils Augustin qui est parti depuis 14 ans et dont elle n’a plus de nouvelles. Par ce dispositif, le pont a été rétabli entre Augustin et sa mère, car aujourd’hui, il appelle sa mère de temps en temps.

Propos recueillis par Jean Sebastian Seguin