Journal du réel #5:Dochters

Dochters
Marta Jurkiewicz

Compétition Internationale Premiers Films, 23’, Pays-Bas
Samedi 24 Mars, 16h30, Cinéma 1 + Débat petit forum
Lundi 26 Mars, 12H45, Cinéma 2 + Débat en salle
Jeudi 29 Mars, 13h15, Cinéma 2

Dans Daughters, Marta Jurkiewicz s’interroge sur la façon dont une fille doit prendre soin de sa mère, après avoir suivi les derniers jours de sa grand-mère à travers le récit de sa mère. Cette expérience intime deviendra par le tournage le cœur d’un film qui fait naître la réflexion de l’émotion.

Comment s’est passé l’enregistrement des matériaux 8mm, 16mm et téléphoniques ? Comment avez vous choisi ces supports et comment avez-vous travaillé avec votre équipe ?

J’aime tourner en pellicule parce que la concentration est différente, chacun est attentif dès qu’il entend la pellicule tourner… L’idée était d’associer des plans filmés par le cadreur en 16mm dans lesquels je pouvais apparaître, et un point de vue personnel, venant des conversations Skype et des images 8mm que je filmais moi-même. J’ai choisi le 8mm parce que ça correspondrait à la petite histoire que je voulais filmer comme un film de famille. Au début, je m’en suis servie quand je suis partie en Pologne prendre soin de ma grand-mère en été. J’en ai profité pour filmer quelques images qui devaient servir de test pour le cadreur à mon retour en Hollande. Ce sont les plans que l’on voit au début du film, ceux de ma grand-mère avec ma mère. Ma grand-mère est décédée juste après ce séjour, ce à quoi personne ne s’attendait. C’était les seules images que j’avais d’elle et quand nous avons décidé de faire le film malgré tout, j’ai eu envie de continuer le 8mm pour maintenir ce côté film de famille, même si elle n’était plus là.

Quand vous avez filmé cet été en Pologne, le projet était-il déjà en préparation depuis longtemps ?

Le projet est antérieur à ces plans. J’avais commencé à enregistrer les conversations avec ma mère depuis un an et demi quand l’état de ma grand-mère s’est aggravé. Je suivais la situation par Skype, alors que ma mère m’appelait plus souvent parce qu’elle avait besoin de partager cette expérience pesante. On parlait longuement de ce qu’on peut ressentir en voyant sa mère aller de plus en plus mal, et j’ai remarqué dès le début que ma réaction était d’imaginer l’étape suivante, ma mère et moi. Je me demandais sans arrêt « Comment allons-nous gérer ça ? » Ca m’est resté en tête. L’idée originale était de documenter comment l’une prenait soin de l’autre et, petit à petit, elle a évolué. Le film est tel que je l’avais voulu sauf que je ne m’attendais pas à ce que ma grand-mère disparaisse si rapidement. J’étais émue par la façon dont ma mère prenait soin d’elle et c’est là que j’ai découvert combien c’était important.

En Hollande, la société et la culture sont différentes, s’occuper de quelqu’un à plein temps n’est pas courant, les gens acceptent qu’ils n’en sont pas capables. En Pologne, cette pression est présente comme une tradition. J’ai découvert qu’elle m’influençais même sans y vivre : quand ma mère me parlait, je me sentais coupable.

Je voulais utiliser ces questionnements, c’est d’eux qu’est venue l’idée du film. Quand ma grand-mère est décédée, cette question prenait de plus en plus d’importance, je sentais la transition. J’étais la suivante.

Dans les conversations intimes que vous avez dans le film avec votre mère, comment avez-vous décidé ce que vous vouliez garder ?

J’en ai parlé avec ma mère et elle était assez ouverte à propos du film. Ce n’est que lorsque le tournage fut fini qu’elle pris conscience de ce qu’il abordait vraiment. Elle était même détendue vis à vis de l’équipe. Je savais qu’elle n’aurait pas d’objection et de mon côté, je voulais vraiment montrer les choses telles qu’elles étaient.

Propos recueillis par  Stéphane Gérard