Journal du réel #4: Snow City

Snow City
Tan Pin Pin
Compétition internationale courts métrages
15’, Singapour
vendredi 23 mars, 16h30, cinéma 2 +débat petit forum
dimanche 25 MARS, 13H00, Cinéma 1 + débat petit forum
mercredi 28 MARS, 17h00, Centre Wallonie-Bruxelles

Pendant seize minutes, « Snow City » nous montre une succession de plans de Singapour, de lieux sans connexion apparente. Mais au fil du montage se dégage une impression, celle de l’unité d’un regard porté avec détachement sur certaines pratiques quotidiennes qui semblent avoir perdu leur sens.

 Comment s’est élaboré le projet ? Etait-ce un projet à long terme ?

Les images que j’ai tournées ont d’abord donné lieu à un autre film, « Invisible City », qui est devenu un documentaire sur quelques personnes cherchant à retracer l’Histoire et sur les gardiens de cette Histoire à Singapour. Il a été montré au Cinéma du Réel en 2008. Les images de « Snow City » sont une partie de « Invisible City » que je n’ai pas utilisée. Je suis revenue à ces images pour essayer d’en faire le film que j’avais originellement l’intention de faire, un film sur les espaces. J’avais récolté des images de Singapour, en suivant une liste d’endroits que je voulais filmer. Je n’étais jamais sûre de ce que je partais filmer, simplement curieuse de voir à quoi ces lieux ressemblaient.

Comment les avez-vous choisis ?

La plupart du temps, je n’y étais jamais allée alors je les visitais en prenant ma caméra avec moi. Par exemple, la plage qu’on voit est atypique, avec ce fleuve que les hommes essaient de traverser. J’avais envie de la voir. L’endroit où les ouvriers lavent les roues des camions, cette partie de Singapour est gagnée sur la mer par remblaiement. Le pays est si petit qu’ils étendent la côte pour obtenir plus de terrain. J’avais envie de découvrir les terre-pleins de Singapour. C’est pour ça qu’il y a beaucoup de plans de pavés cassés au sol filmés à cet endroit. Ils utilisent les pierres d’autres bâtiments pour fabriquer ce nouveau sol. Je voulais aussi visiter le zoo ou Snow City. J’avais entendu parler de l’ourse polaire de Singapour, la première à être née dans les tropiques. C’est une ourse polaire tropicale très célèbre ! Singapour est connu pour sa chaleur et l’idée de ces personnes qui essaient d’avoir froid ne me quittait pas alors je suis allée dans les endroits de la ville où les gens cherchent le froid.

Dans l’un des plans tournés à Snow City, vous vous attardez sur une pancarte qui dit « A better life ». Quels sens donnez-vous à ces mots dans le film ?

Cette phrase me fait sourire chaque fois que je la vois. Ça pourrait s’appliquer à l’ourse polaire. « Une vie meilleure » à Singapour. Ça pourrait aussi s’appliquer aux employés de bureau que l’on peut voir travailler de la même façon partout dans le monde, ou aux travailleurs indiens qui nettoient les roues des camions. C’est tout ce qu’ils font de leur journée. Ils font ce travail que parce que c’est illégal de prendre la route avec des roues sales alors il faut que quelqu’un les nettoie avant de quitter le chantier.

Avez-vous fait ce film pour des étrangers, les habitants de Singapour, vous-même ?

Il s’agit d’un film dans lequel on peut observer intensément. C’est un peu comme si j’étais une touriste dans ma propre ville et que tout avait l’air très étrange. C’est un exercice : regarder calmement et intensément quelque chose d’ordinaire. Les scènes quotidiennes dans les bureaux ou l’inauguration d’un tunnel routier deviennent intéressantes. Je suppose que c’est la vision de Singapour que je veux partager avec les autres. C’est une perspective que j’apprécie, je me suis beaucoup amusée à l’élaborer et ça me fait plaisir que d’autres y réagissent. Cette vision est assez ésotérique et je comprendrais complètement que certains pensent que ce film est délirant !

Propos recueillis et traduits par Stéphane Gérard