Journal du réel #4: Orquestra Geração

Orquestra Geração
Filipa Reis, João Miller Guerra
Compétition internationale, 63’, Portugal
dimanche 25 mars, 21H00, cinéma1+ débat en salle
lundi 26 MARS, 16H00, petite salle + débat en salle
jeudi 29 MARS, 10H30, Centre Wallonie-Bruxelles

Un orchestre de musique classique comme laboratoire d’essais de la société. C’est ce que propose à ses élèves ce collège d’une banlieue défavorisée de Lisbonne. Présents sur place depuis plusieurs années, Filipa Reis et João Miller Guerra filment avec tendresse ces enfants en train de réinventer leur avenir. A travers la musique et leur engagement personnel, ils apprennent à trouver leur place au sein du groupe.

Qu’est-ce qui vous a poussé vers ce sujet ? Pourquoi l’Orchestre Génération ?

Initialement, nous avions été invités par la fondation Calouste Gulbenkian à faire un suivi vidéo autour d’un programme qui démarrait tout juste dans un quartier d’Amadora, en banlieue de Lisbonne. En fait, nous y sommes restés trois ans, et avons réalisé plusieurs films courts qui rendent compte du formidable développement du programme. Nous avons été séduits. D’autant plus que le sujet mêlait plein de choses, nous renvoyait à des questionnements devenus si importants pour nous, qu’une fois ce processus terminé, nous étions décidés à retravailler cette matière en y apportant une sensibilité et un point de vue bien personnels. Nous y avions déjà créé l’intimité qu’il nous fallait sur place. Plus personne ne faisait attention à nous. Nous étions parfaitement intégrés. La question était maintenant de savoir comment représenter ces jeunes, leur parole et leur vie. Le problème c’est que les élèves ne parlent pas du tout pendant les cours de musique, ils se concentrent sur ce qu’ils font. En en parlant avec le coordinateur du projet, nous avons appris qu’il avait toujours été question de proposer aux élèves des cours de théâtre et d’expression orale et corporelle, mais qu’il n’avait jamais eu le budget pour le faire. Nous avons donc contacté l’actrice portugaise Rita Loureiro et lui avons demandé de nous rejoindre. Elle a accepté et nous avons préparé ces ateliers ensemble, tous les trois. Nous voulions qu’elle obtienne des élèves des choses précises, notamment autour de leur rapport à la musique et de leur sentiment d’appartenance au projet. C’était aussi pour nous une façon de leur rendre quelque chose de ce qu’ils nous avaient donné. Cette idée de partage est très importante pour nous.

Pourriez-vous nous dire deux mots du programme Orchestre Génération ?

C’est une école publique et l’Orchestre Génération, un programme qui vient se greffer au cursus classique de l’enseignement général. Il n’y a pas de condition particulière pour en faire partie, à part une forte volonté de jouer. Son but n’est pas de former des musiciens professionnels, mais d’aider à former de bons citoyens. Ils apprennent avant tout à faire partie d’un groupe, à écouter, à croire en eux et en leur capacité à contribuer au succès de l’orchestre. Nous avons le sentiment que ce programme est une sorte d’antichambre de la société, un terrain d’apprentissage, et qu’il permet aux jeunes de prendre conscience de la valeur de l’individu au sein de la société.

Quels ont été vos rôles respectifs sur le tournage ?

João, du fait qu’il soit peintre, est généralement plus enclin à s’occuper de la direction artistique et de la composition du cadre. Moi, du scénario et de la structure narrative. Mais ce que nous aimons avant tout c’est rencontrer des gens, créer un rapport, un échange, une intimité, et les partager avec le public à travers nos films.

Quelle était votre marche de man?uvre dans l’école ? Etiez-vous libres de filmer ce que vous vouliez ? Combien de temps a duré le tournage ?

Nous étions déjà tellement impliqués dans le projet que nous nous sentions parfaitement libres. Nous pouvions filmer qui nous voulions, où nous voulions. Le processus de production a été progressif et tranquille. Nous avons planifié le tournage minutieusement et nous avons tout tourné en 16 jours.

L’école qui propose ce programme est située dans une banlieue défavorisée de Lisbonne, souvent décrite comme violente. Pourtant, le climat social et économique est relativement passé sous silence dans votre film. Pouvez-vous nous expliquer ce choix ?

Nous sommes convaincus que l’enseignement public doit changer au Portugal, et que l’art en général doit y prendre une place prépondérante. L’Orchestre Génération est un excellent programme pour cette école et pour ce quartier, il offre une alternative aux jeunes en difficulté et leur ouvre des perspectives qu’ils n’osaient même pas imaginer. Nous avons essayé de refléter la diversité qui règne dans l’orchestre et de montrer à quel point elle est bonne pour tout le monde, pour tous les enfants de toutes les classes sociales. Nous ne voulions pas parler de pauvreté. Nous voulions montrer que l’espoir et la joie de vivre existent aussi ici, que ces expériences représentent un investissement pour l’avenir et qu’elles changent le rapport des enfants à l’enseignement.

Propos recueillis et traduits par Lyloo Anh et Sébastien Magnier