Journal du réel #3: Los Animales

Los Animales
Paola Buontempo
Compétition internationale courts métrages, 8’, argentine
vendredi 23 mars, 16h30, CINÉMA 2 + débat petit forum
dimanche 25 MARS, 13H00, Cinéma 1 + débat petit forum
mercredi 28 MARS, 17h00, Centre Wallonie-Bruxelles

Dans un décor urbain irréel, des institutions exposent des animaux, vivants ou morts. Au zoo, au musée, nous regardons les bêtes mais leur regard en retour n’est que fuite ou fixité. Comment reconstruire ce lien perdu ?

Quel est le point de départ du film ?

Le film est né d’un projet d’une maison de production de La Plata, Festifreak Produce, qui a réuni 11 réalisateurs rattachés à la section cinéma de l’Université de La Plata. Nous avons découpé la ville en plusieurs morceaux, les plus représentatifs, puis chacun de nous a choisi l’un de ces espaces. La Plata a été construite selon un plan d’urbanisation : c’est une ville géométrique, quadrillée dont il existe de nombreuses maquettes. J’ai choisi de travailler sur le quartier del Bosque, le poumon vert de la ville, qui abrite, entre autres, le Muséum d’histoire naturelle et le zoo. Cela m’intéressait de travailler autour des animaux et du cycle de la vie représenté par ces deux espaces conjoints.

Le livre de John Berger, “Mirar” a été un moteur important du film. Avec Carolina Maranguello nous nous sommes appropriées l’idée selon laquelle les animaux auraient un regard «éteint». Un regard qui ne correspond pas aux relations qu’ont aujourd’hui les hommes avec les animaux, surtout dans un lieu aussi paradigmatique qu’un zoo. Nous avons dialogué avec le texte de John Berger : ce regard devenu unilatéral et le lien qu’il suppose, peuvent se reconstruire. J’ai travaillé d’après cette supposition, en commençant par observer rigoureusement les espaces réels, puis en faisant des petites mises en scènes et enfin en articulant tout cela autour d’un discours personnel porté par la voix off. La recherche du regard est le cœur du récit : le regard fuyant des animaux du zoo, la reconstruction du regard dans l’atelier du taxidermiste et le regard retrouvé dans la salle du musée. Cette question a guidé l’élaboration de chaque plan.

Il  y a un grand travail sonore dans votre film. Des sons réalistes créent une atmosphère fantastique, en particulier dans la scène nocturne du zoo.

Au zoo c’est du son direct. Il y a beaucoup d’espèces d’oiseaux et la nuit c’est surtout eux qu’on entend. Je travaille toujours autour de la construction/reconstruction du réel. Le travail sonore, mais aussi le travail sur la lumière cherchent à reconstruire ce qui, bien souvent, ne peut pas être enregistré par la dynamique propre à l’enregistrement filmique. Avec le photographe Marcelo Tonini nous avons essayé de conserver au maximum la lumière naturelle de chaque espace. Le zoo de La Plata propose des visites nocturnes. Ce parcours dynamique nous faisant découvrir les animaux dans l’obscurité nous a paru intéressant pour le film.

Votre travail ressemble à celui d’une plasticienne. Quelle est votre formation et comment ce film s’inscrit-il dans votre recherche ?

J’ai étudié le cinéma et j’ai aussi suivi des cours d’histoire des arts visuels durant quelques années. J’ai aussi étudié la photo. J’ai tourné un court-métrage, « Las instancias del vértigo » qui filme en plan séquence une course de chevaux à l’hippodrome de La Plata en montrant ses résonnances sur les spectateurs venus parier. Le film propose une forte mise en scène pour montrer une réalité simple, presque anecdotique. « Los animales » est mon deuxième court-métrage et j’ai essayé d’entremêler encore davantage les genres. En ce moment, je fais un travail de recherche universitaire autour de ces sujets en continuant à explorer la trame invisible d’autres institutions de la ville.

Propos recueillis par Amanda Robles