Journal du réel #3: Automne

Automne
Dmitri Makhomet
Compétition internationale courts métrages
26’, France
vendredi 23 mars, 16h30, cinéma 2 + débat petit forum
dimanche 25 mars, 13H00, CINÉMA 1 + débat petit forum
mercredi 28 mars, 17H00, Centre Wallonie-Bruxelles

Dans une forêt dévastée par une tempête une vieille dame ramasse du bois. Le film observe attentivement ses gestes silencieux qui sont autant de rituels sur le point de disparaître : nourrir les poules, allumer un feu, manger seule et ramasser du bois encore et encore.

Où est tourné votre film ?

A Malye Azerki, mon village natal en Biélorussie, près de la frontière avec la Pologne où vit ma grand-mère, la vieille dame que je filme. Mes parents ont quitté le village quand j’avais trois ans, et je suis resté vivre là-bas avec mes grands-parents jusqu’à l’âge de sept ans. C’était un village plein de vie mais aujourd’hui il n’y a presque plus personne. Je vis à Paris depuis plusieurs années mais je suis très attaché à cet endroit, et ses bois tout autour. J’y retourne régulièrement. Pendant mes études au Fresnoy,  j’avais déjà filmé ce village et ses habitants pour essayer de garder une trace de ces modes de vie qui sont en train de disparaître. Les choses changent, le paysage, mais aussi les villages qui se vident de leurs habitants. La moitié des villageois que j’ai filmés en 2006 sont déjà morts. Mon film précédent portait le nom de ce village, Malye Azerki.

Comment s’est passé le tournage de ce nouveau film?

J’ai filmé seul, pendant un mois avec une petite caméra HDV. Même si je connaissais bien l’endroit je n’avais rien écrit avant d’y aller. Le film s’est fait là-bas au fur et à mesure. Peu de temps avant, une tempête avait abattu les arbres de la forêt. Une des activités de ma grand-mère est de ramasser du bois mais d’habitude elle le fait juste autour de la maison. Quand j’ai découvert ces forêts dévastées, j’ai eu l’idée de lui demander d’aller ramasser du bois là-bas. La violence de cette catastrophe me semblait être comme une métaphore de la menace qui pèse sur ce village, avec ses maisons en bois, qui lui aussi va disparaître. Pendant le tournage j’ai parfois provoqué de petites mises en scène, comme lorsqu’elle se brosse les cheveux. L’intimité que j’ai avec elle permet cela.

Comment s’est construit le rythme du film ?

Le film est répétitif mais pourtant des choses changent, le temps passe. Au début du film le tas de bois est vide et il est davantage rempli à la fin. Les gestes se répètent mais je filme aussi le changement. Et ce changement qui est en train de se produire tout autour et qui emportera aussi le village. Filmer en plan fixe me permet en quelque sorte de ralentir le temps, d’observer plus attentivement des choses minimales.

Pouvez-vous me parler un peu plus de votre parcours ?

Avant d’entrer au Fresnoy j’ai fait l’école des beaux arts de Minsk, en peinture. Au Fresnoy j’ai été très marqué par le travail de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet et aussi celui de Chantal Akerman qui a encadré mon projet d’études. « D’Est » est un film qui a beaucoup influencé mon travail. Aujourd’hui j’essaie en quelque sorte de m’en détacher.

Actuellement vous travaillez sur un nouveau projet ?

Oui mais cette fois dans un autre village, à la frontière entre la Biélorussie et la Lituanie. La question de la frontière m’intéresse. Et pour la première fois je vais construire quelque chose avec des mots et des paroles.

Propos recueillis par Amanda Robles