Journal du réel #1: Kako Sam Zapalio Simona Bolivara

KAKO SAM ZAPALIO SIMONA BOLIVARA
IGOR DRLJACA
COMPETITION INTERNATIONALE, COURTS METRAGES, 9’
BOSNIE HERZEGOVINE / CANADA
JEUDI 22 MARS, 18H30, CINÉMA 1 + DÉBAT EN SALLE
SAMEDI 24 MARS, 18H00, PETITE SALLE + DÉBAT EN SALLE
JEUDI 29 MARS, 13H15, CINEMA 2

Un travail de montage à partir d’archives familiales raconte la guerre à travers les yeux d’un enfant. Histoire personnelle et universelle d’une guerre qui signe la fin d’une enfance.

Les archives que vous utilisez sont touchantes car elles relatent des moments d’intimité familiale tout en montrant les signes d’une guerre qui approche. On sent qu’en filmant, votre père avait une conscience aigue de l’importance de documenter ces moments. Quand avez-vous eu le sentiment que le moment était venu de redonner vie à ces images et à ce passé ?

C’est en 2006 que j’ai commencé à réfléchir à l’idée de faire un film sur le début de la guerre. J’ai d’abord voulu en faire un film expérimental en utilisant des images 16mm d’une façon détournée. Mais j’ai réalisé qu’en faisant ce travail, je n’étais pas honnête avec la portée de ces images, avec ce qu’elles racontaient. J’ai compris que de simples images vidéo, analogiques et de basse qualité, pouvaient donner quelque chose de fort.
Ce film a connu un long processus pendant plus de cinq ans. Je n’avais pas d’obligations puisqu’il s’agissait d’un projet personnel. Puis ma mère est tombée gravement malade, et j’ai ressenti l’urgence de le terminer. C’est devant l’imminence de sa perte que ce film a vu le jour.

Grâce à la voix off, vous réussissez à rendre l’incompréhension de l’enfant que vous étiez devant la guerre. Et cela prend très vite une dimension universelle. Comment avez-vous travaillé à la construction de la voix off ?

Initialement je voulais que l’histoire soit racontée par quelqu’un d’autre, par un enfant. J’ai compris ensuite que je devais rester fidèle à l’idée initiale du film qui était centrée autour de ma propre expérience. J’ai dû faire très attention aux images sur lesquelles je juxtaposais la voix : au départ la voix off relatait plus de détails, elle était beaucoup plus présente, mais durant le processus de montage cela m’a paru de moins en moins nécessaire et j’ai essayé de la rendre la plus légère possible. J’ai compris que les silences étaient également très importants. Mais c’est bien connu, les choses simples sont les plus difficiles à atteindre.

En tant qu’auteur-réalisateur vous venez de la fiction et avec ce film vous vous confrontez pour la première fois à une démarche documentaire. Comment vivez vous le dialogue entre l’une et l’autre forme de récit ?

Je crois à une hybridation entre fiction et documentaire. Je trouve que la recherche de l’authenticité a été surévaluée par le passé et que nous vivons aujourd’hui dans un monde “post-authentique”. C’est pour cela que ces deux genres ont tendance à s’entremêler. Les cinéastes ressentent de plus en plus l’urgence de s’engager sur ces frontières, sur ces chevauchements, et le produit de ces interactions ce sont souvent des oeuvres très dynamiques. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai eu le désir profond d’explorer le documentaire et je vais sûrement continuer dans cette direction en essayant d’hybrider, en faisant s’entrechoquer le documentaire et la fiction.

Propos recueillis par Daniela Lanzuisi