Journal du réel #8: entretien avec Marco Santarelli, Scuolamedia

Scuolamedia
Marco Santarelli

Compétition internationale Premiers films, Italie, 77′
Aujourd’hui, 12h15, PS

Pourquoi avoir choisi précisément cet établissement pour réaliser votre film ?

Notre objectif était de travailler autour d’une communauté scolaire d’une école du sud de l’Italie considérée comme normale. C’est la raison pour laquelle nous avons choisi l’école Pirandello de Taranto. Il n’était pas question de réaliser un reportage journalistique en menant une enquête sociale, mais plutôt de témoigner à travers ce documentaire de ce qui se passe à l’école.

Comment se sont déroulés le tournage et le montage ?

Nous avons tourné pendant huit semaines, en nous rendant tous les jours au collège pour assister à divers cours et en filmant quatre à cinq heures par jour. Nous tournions en fonction des horaires des cours, mais aussi dans l’après-midi, lorsqu’avaient lieu des séances spéciales entre professeurs et élèves.

Le montage a duré un mois. En visionnant, nous avons décidé de ne pas utiliser les rushes des quatre premières semaines de tournage. Ce temps d’approche nous a permis d’obtenir peu à peu la confiance des élèves et des professeurs, d’établir un rapport de proximité avec eux pour réaliser notre documentaire.

Au départ nous sentions les élèves effrayés. Ils n’étaient pas à l’aise. Nous avons donc passé du temps à rassurer les personnes avec lesquelles nous allions travailler, car il était important pour nous de faire un travail « propre », honnête.

Certaines personnes du corps enseignant, notamment la directrice du collège, apparaissent, elles, tout à fait à l’aise…

La directrice du collège est une personne très charismatique, très forte. Cette qualité est essentielle pour gérer un établissement comme celui de Taranto. Sans ce charisme, il serait impossible de le faire. De plus, il émane d’elle une très grande conscience de soi et une grande confiance en elle-même. Elle n’a donc pas besoin de s’auto-représenter. Ce n’est pas elle qui avait besoin de notre projet.

Elle assume par ailleurs très bien la position qui est la sienne en disant qu’elle a avant tout à rendre des comptes à sa conscience, avant d’en rendre à l’Etat.

Oui, cette phrase est assez intéressante. Dorénavant, en Italie, répondre à sa propre conscience, c’est aussi s’engager et répondre à l’Etat. C’est pourquoi aujourd’hui, celui-ci est mieux représenté par des personnes comme cette directrice, car c’est leur conscience qui  le fait fonctionner.

C’est une pédagogie particulière qui nous est donnée à voir…

Je ne suis pas expert de l’enseignement, ni du système scolaire, mais ce que nous avons appris en travaillant dans cette école est que la proximité des enseignants avec les élèves et leur famille est essentielle, nécessaire, surtout dans un contexte difficile et complexe comme celui du sud de l’Italie.

Les seules images faisant référence à l’environnement extérieur sont ces images tournées en super 8. Elles apparaissent comme des intermèdes musicaux, pourquoi les avoir intégrées de cette manière?

Ces images ont une fonction de ponctuation. Nous avons fait ce choix durant le montage. Il était question de donner un certain rythme au film. C’est un traitement particulier du temps dans le film. Nous avons véritablement fait le choix d’utiliser la pellicule la moins chère que l’on puisse trouver, pour donner cet effet d’images des années 1970, dans lesquelles le grain était différent. Nous voulions transmettre cette sensation  de petits films de famille que produit la caméra super 8.

Êtes-vous intervenu parfois dans la mise en scène des activités filmées ?

Non, cela ne nous intéressait pas du tout d’interférer dans le déroulement des activités. Nous n’avons jamais répété de scènes, ni de leçons. Nous ne voulions vraiment pas altérer de quelque manière que se soit l’action telle qu’elle se présentait à nous. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous avons passé beaucoup de temps dans le collège, justement pour que le documentaire surgisse automatiquement du temps de tournage, qu’il ne soit pas créé, mais qu’il survienne de la réalité. Par exemple, lorsque nous avons été confrontés à des problèmes techniques durant le tournage et que certaines scènes ne pouvaient plus être exploitées, nous n’avons pas « refait ».

Comment situez-vous ce film dans votre parcours cinématographique, est-il dans la continuité de votre travail antérieur ?

Disons que Scuolamedia reflète un processus de maturation dans mon travail. Ce qui m’intéresse est d’étudier les institutions publiques italiennes. Ce film est le premier chapitre d’une série. Le second chapitre portera sur un travail autour des tribunaux pour mineurs. Je souhaite donner à voir comment l’Italie fonctionne et se construit à travers ses institutions.

Par ailleurs, j’avoue avoir une certaine obsession pour les communautés et leur fonctionnement. En ce qui concerne cette  communauté scolaire, notre référence stylistique a été High School (1968, ndr), un documentaire de Frederick Wiseman.

Propos recueillis par Milaine Larroze Argüello.