Journal du réel #3: entretien avec Mehdi Benallal

Aux rêveurs tous les atouts dans votre jeu.
Mehdi Benallal
Contrechamp français,France, 29′

Aujourd’hui, 16h45, C1 + débat Petit forum / Mardi 29 mars, 17h, CWB

Vous a t-il fallu du temps pour trouver ces quatre rêveurs et ces quatre rêves ?

Non. Ça s’est passé très simplement. J’ai dit à des amis proches que j’aimerais les filmer en train de me raconter un rêve, et que peut-être j’en ferais un film, mais je n’avais pas d’idée précise de ce que je cherchais. Chacun est venu avec son rêve, et chaque rêve m’a plu. Je n’en ai pas filmé d’autres car il m’a semblé qu’un film était possible autour de ces quatre rêves là. J’ai eu de la chance ! J’aurais dit non à des rêves qui ne « décollaient »   pas. On fait souvent des rêves qui tournent en rond, or ces rêves là racontent vraiment des histoires.

Sur ces quatre rêves, trois font une allusion au cinéma ou à la photographie…

Et ce qui est drôle, c’est que le seul qui n’en parle pas, celui qui raconte le rêve avec les enfants, est le seul à travailler dans le cinéma ! Tous racontent leur rêve un peu comme on récite un texte appris par cœur.

Comment avez-vous travaillé avec eux ?

Deux d’entre eux avaient écrit leur rêve avant. Le premier rêveur a l’habitude d’écrire ses rêves. La dernière rêveuse, elle, a écrit son rêve pour ne pas l’oublier. Quant aux deux autres, je crois que c’est simplement qu’ils l’avaient beaucoup raconté avant. Ils avaient appris à le raconter à force de le raconter. La plupart des gens tiennent à leurs rêves, et c’est toujours très beau à voir, au cinéma comme dans la vie, des gens qui sont habités par ce qu’ils disent.

Et à entendre ! Dans ce film vous arrivez à capter une qualité de parole nouvelle, très surprenante.  C’est quelque chose qui vous intéresse la parole au cinéma ?

Le travail de Straub et Huillet compte beaucoup pour moi. Mais je ne me suis jamais vraiment posé la question en ces termes. Je n’ai pas l’impression de creuser un sillon. Mes films ne se ressemblent pas je pense. Ca vient au coup par coup…

Vous avez fait plusieurs prises pour les récits des rêves ?

Oui, beaucoup, entre sept et dix. Mais je n’ai jamais hésité pour savoir laquelle était la bonne. J’ai filmé les rêves, tout seul, mais un ami m’a aidé pour les extérieurs. C’est un film sans aucun budget : on m’a prêté une caméra et j’ai monté seul.

Et comment avez-vous rencontré ce pont, qui isole ou fait le lien entre les quatre récits ?

C’est le pont aqueduc d’Arcueil, qui date du 17e siècle. Il est en travaux en ce moment, mais je crois qu’il achemine encore de l’eau vers Paris. Je travaille à côté depuis des années et un jour j’ai eu très envie de le filmer. Mais le filmer en soi, pour soi, ce n’était pas suffisant… Et lorsque j’ai pensé à filmer des rêves, enfin des récits de rêves, ça m’a semblé évident que quelque chose était possible, que c’était enfin une belle occasion de filmer ce pont, et de relier ce pont et ces récits. Je voulais filmer une même chose – et que ce soit quelque chose d’ouvert – et je voulais que chaque plan fasse sentir quelque chose de différent. Par exemple, il y a un plan très long avec un lourd nuage qui traverse le ciel. Et il m’a semblé juste que ce plan vienne avant le récit du cauchemar.

D’où vient le titre du film ?

D’un recueil de poèmes, Ralentir travaux, signé par Char, Breton et Eluard. C’est ma fille de deux ans qui me l’a mis entre les mains ! On était dans une bibliothèque, elle l’a pris dans un rayon, me l’a apporté et en le parcourant, je suis tombé sur ce vers. Je venais de finir le film. Je cherchais un titre et j’ai su immédiatement que c’était celui-là. Et puis comme j’ai fait très peu de choses dans ce film, ça me plaisait que le titre ne soit pas de moi non plus.

A la fin vous entrez quand même dans le film, puisque vous êtes présent dans le dernier rêve . Est-ce pour cette raison que ce rêve termine le film, ou bien est-ce parce que le récit de la rêveuse finit par le mot « cinéma » ?

Pour ces deux raisons. Et aussi parce que ça finit sur un sourire.

 

Propos recueillis par Amanda Robles.