Journal du réel #3: entretien avec Javier Loarte, Me llamo Roberto Delgado

Me llamo Roberto Delgado
Javier Loarte
Courts métrages, Espagne, 45’

Aujourd’hui, 16h, PS + débat salle/ Dimanche 27 mars, 16h45, C1 + débat Petit forum / Mercredi 30 mars, 12h30, C1

Qui est Roberto Delgado ?

« Roberto Delgado », c’est moi. J’ai choisi ce nom parce qu’il sonne bien et parce qu’il fallait trouver un nom à mon alter ego…Ce personnage est inspiré de mon histoire, ce quartier est le mien, tout comme cet appartement et la famille qui y vit. Tous les personnages et les situations sont réels. Mais évidemment, comme dans tout récit, le point de vue du narrateur joue un rôle important dans la forme finale du film.

Comment votre entourage a-t-il perçu ce film ?

Ils ne l’ont pas vraiment apprécié et n’en ont pas compris l’intérêt. Ils étaient horrifiés à l’idée qu’il soit montré dans des festivals…

D’où vient cette nécessité de faire un film autobiographique ? Comment vous est venue l’idée de la forme ?

L’idée du film remonte à la première fois que j’ai navigué sur Google map. Je me suis cherché, j’ai cherché ma voiture, mon appartement, mes voisins. J’ai trouvé que c’était l’outil parfait pour raconter mon histoire et parler de mon rapport à ce quartier, un thème qui m’obsédait à l’époque. Et puis les deux courts métrages que j’avais réalisés auparavant s’étaient faits avec de gros moyens de production et une importante équipe. J’ai senti le besoin de me prouver à moi-même que j’étais capable de raconter une histoire tout seul, sans argent, sans acteurs. J’avais aussi l’impression, dans mes films précédents, de me laisser aller à une forme trop esthétisante et d’en négliger le fond. La fiction était une façon détournée de ne pas parler de moi et de mon entourage. J’ai vécu une « crise », qui était latente depuis une année et j’ai décidé d’en sortir par le chemin opposé : parler de moi, de mes défauts, de mes problèmes, de mes peurs et de mes obsessions, tout en prenant soin de construire un récit qui soit cinématographique. J’ai choisi de raconter ma vie quotidienne, la plus banale, en donnant au film un aspect amateur. Je voulais donner l’impression à travers la manière de raconter et en capturant des images de basse qualité, que le narrateur qui raconte sa propre vie, n’est pas un cinéaste. J’ai hésité à faire appel à un comédien, mais il m’a semblé que ça perdrait en authenticité. J’ai choisi de faire moi-même la voix off, en empruntant un ton anodin, plat et ennuyeux, à l’image de ce personnage.

Me llamo Roberto Delgado est un point d’inflexion dans mon parcours, je ne crois pas que je réaliserai de nouveau un film aussi personnel. Mes prochains projets se situeront certainement entre ces deux formes, fictionnelles et à la fois plus proches de moi.

Comment avez-vous construit ce personnage ?

J’ai voulu parler d’un personnage qui, un peu comme moi, s’est retrouvé happé par un environnement virtuel et qui s’est recréé sa propre réalité, qui a très peur de l’extérieur et des êtres qui l’entourent. J’ai toujours été préoccupé par la froideur, l’indifférence entre les gens et par la peur de l’autre. On souffre d’une telle avalanche de stimulations, j’ai l’impression que l’on se raidit de l’intérieur. Je n’aime pas généraliser, mais c’est quelque chose que j’ai vécu personnellement, ainsi que beaucoup de personnes de mon entourage. Je passe de plus en plus de temps devant mon ordinateur, je sens que j’ai changé, et ça ne me plait pas du tout, je trouve ça dangereux.

Avant je profitais plus des surprises de la vie réelle, je faisais plus de place à l’improvisation. Me llamo Roberto Delgado est le cri désespéré de quelqu’un qui veut continuer d’appartenir au monde réel.

Propos recueillis et traduits de l’espagnol par Anne-Lise Michoud.