Journal du réel #2: entretien avec Filipa Reis, Li ké Terra

Li Ké Terra, Filipa Reis, João Miller Guerra, Nuno Baptista.
Compétition internationale Premiers films, Portugal, 65’
Vendredi 25 mars, 16h15, C1 + débat Petit forum / Samedi 26 mars, 18h15, PS + débat salle Jeudi 31 mars, 13h15, PS

Quelle est la signification du titre « Li Ké Terra »?

Filipa Reis : Cela désigne ma maison, le lieu auquel j’appartiens.

Ruben et Miguel ont grandi au Portugal, mais étant des enfants d’immigrés capverdiens, ils sont administrativement sans papiers. Cette situation est-elle à l’origine du film?

F.R. : J’ai choisi de faire ce film à cause de la rencontre avec Ruben et Miguel, et non pas en raison de leur situation, qui est courante dans le milieu social où ils évoluent. Malheureusement le Portugal est très bureaucratique et le système plutôt distant de la population. Inversement, les gens ne se soucient pas des règles de vie en commun et pensent qu’on peut vivre indéfiniment en ignorant tout ou partie de ses obligations. Personne n’est vraiment responsable. Cependant ces problèmes administratifs se répètent. Il y a un mur inévitable entre le système et la population.

Comment avez-vous engagé ce travail de documentariste auprès de vos deux personnages?

F.R. : Nous les avons rencontrés il y a cinq ans, lors d’un atelier de réalisation vidéo que nous organisions dans leur quartier avec João Miller. Nous avons trouvé que Ruben et Miguel seraient de très bons personnages pour un film. C’est une amitié qui s’est construite petit à petit, de façon banale. Nous ne cessions jamais de les voir, d’être avec eux. Lorsque le film a finalement obtenu des financements, leur vie nous était familière. Nous savions précisément ce que nous voulions montrer d’eux.

Vos protagonistes ont-ils participé au film par d’autres biais que leur présence à l’image?

F.R. : Miguel participait à un projet de fiction dans le cadre de son école, mais ni lui, ni Ruben, ne sont intervenus dans la réalisation du film.

Qu’avez-vous souhaité observer de leur vie?

F.R. : C’est leur individualité qui nous a intéressés. Nous avons travaillé sur leurs différences de caractère et de vie quotidienne : Ruben ne fait aucune étude, tandis que Miguel se forme au multimédia. Nous voulions que le spectateur s’attache aux personnages. Il nous a semblé que c’était la meilleure façon pour parvenir à les connaître, à comprendre leurs particularités. Lorsque vous avez la chance de rencontrer deux personnes comme Ruben et Miguel, peu importe leur vie, c’est la rencontre en elle-même qui est importante. Par chance pour nous, et malheureusement pour eux, leur vie est complexe et le drame qui en découle est socialement représentatif de la société portugaise.

Ce film est-il une histoire optimiste ou pessimiste?

F.R. : C’est une histoire vraie et simple avec des moments drôles. Ce n’est ni optimiste, ni pessimiste, mais les deux à la fois.

Propos recueillis et traduits de l’anglais, par Julien Oberlander