Journal du réel n°1: entretien avec Stefano Savona, Alessia Porto et Ester Sparatore pour Palazzo Delle Aquile.

PALAZZO DELLE AQUILE

STEFANO SAVONA, ALESSIA PORTO, ESTER SPARATORE

Compétition internationale, Italie, 124’

Aujourd’hui, 20h30, C 1, débat / Vendredi 25, 16h, C 2, débat / Vendredi 1er, 10h30, CWB

Comment est né ce film, qu’est-ce qui vous a amené à traiter ce sujet ?

S.S. : C’est pendant le tournage de Carnets d’un combattant Kurde qu’est née en moi une passion pour la dimension politique et le discours public. Je voulais rechercher la dimension politique qui existe dans chacun de nous. Je suis convaincu que le privé ne peut pas être filmé par le documentaire, car dès que l’on est en groupe, notre discours devient politique. Je cherchais donc un milieu où l’on aurait pu étudier cette question presque comme dans un laboratoire, et je suis allé le chercher dans ma ville natale, Palerme.

A.P. – E.S. : Ce film est né en essayant d’en faire un autre. Nous avions travaillé, avec un groupe de sept cinéastes, autour de la campagne des élections municipales de Palerme, avec l’idée de traiter de la politique et de ses formes. Et ce que nous n’avions pas trouvé en termes de dimension politique pendant la période des élections, nous l’avions trouvé de façon extrêmement forte et concentrée dans l’occupation de la mairie de Palerme. Dans le film, nous assistons à une expérimentation de la démocratie. Les occupants du « Palais » sont confrontés comme dans un microcosme à la vie en commun, à la prise de décision commune, au partage des lieux et des biens. Quelle a été votre réflexion sur la possibilité d’une démocratie ?

Vous avez tourné dans un lieu très théâtral. Quels ont été les choix formels de réalisation ?

S.S. Dans l’espace public, les gens se mettent en scène, qu’il y ait une caméra ou non. Le théâtre du soi est l’espace public, car chacun doit construire son image devant les autres. On a donc bénéficié d’une mise en scène propre à la situation ; l’espace s’y prêtait. Le format super panoramique nous a par ailleurs permis de travailler sur l’architecture en la rendant protagoniste du film, tout autant que les personnes qui l’occupent.

A.P. Ce format nous a aussi permis de mettre de l’ordre dans des cadres toujours trop pleins : trop pleins de gestes, de personnes, d’actions, de voix qui se superposent. Notre plus gros travail a été de faire émerger des formes à partir de ce chaos.

E.S : Nous alternions au tournage dans des cycles de 8 heures chacun, pour pouvoir être présents 24h sur 24h pendant l’occupation. Le film est donc enrichi par trois façons différentes de filmer, chacun avec sa distance et sa sensibilité.

Que sont devenues les personnes qu’on voit dans les tentes à la fin du film ?

S.S. : Seulement quatre ou cinq familles ont obtenu des logements.Elles ont été choisies en fonction de la liste prioritaire, tandis que les autres ont été de nouveau jetées à la rue. Mais cette histoire est loin d’être terminée : de telles démarches entraînent toujours des retombées positives sur la société.

Quelle place a ce film dans votre parcours ?

S.S. : Il s’agit du premier film que je coréalise et je le sens extrêmement intime, car il naît d’un besoin commun et obstiné de définir l’espace politique et de le filmer. Dans ce sens, il fait parfaitement écho au film que je suis en train de préparer au Caire, autour d’un embryon de système politique pendant les révoltes de la Place Tahrir.

Propos recueillis et traduits de l’italien par Daniela Lanzuisi et Laetitia Antonietti.