Journal du réel n°1: entretien avec Guo Hengqi, New Castle

Compétition internationale Premiers Films, Chine, 112’

Aujourd’hui, 20h45, PS, débat / Vendredi 25, 13h45, C 1, débat / Lundi 28, 13h30, C2

New Castle est votre premier documentaire en tant que réalisateur. Pourquoi avez-vous choisi de faire un film sur ces mineurs et ces villageois ?

L’endroit que l’on voit dans le film est mon village natal. Les thématiques que j’aborde sont récurrentes dans mon travail, comme par exemple le déclin des campagnes, la disparition des habitations, et l’érosion des traditions.

Vous avez réalisé et monté ce film. Comment avez-vous travaillé ?

J’étais seul sur le tournage, je filmais seul. Avant de devenir réalisateur, j’étais monteur. Mais c’est aussi une question financière : je n’avais pas suffisamment d’argent pour qu’un monteur travaille sur mon film. J’essaie de faire le maximum, je cadre, je m’occupe du son et même des affiches.

Parlez-nous de votre démarche…

Ce qui m’intéresse, notamment, c’est l’immense décalage qui existe entre les enjeux nationaux et la vie des gens au niveau local. Ainsi, l’agriculture concerne la majorité des gens en Chine. C’est le socle de la société chinoise, de sa culture. La réalité, c’est que les campagnes disparaissent, et c’est l’homme lui-même qui les détruit. Le film se déroule en deux parties : les mineurs et les villageois.

Quelles sont les différences et les points communs, entre ces deux populations?

Les mineurs sont des fermiers qui ont été forcés de quitter leurs terres et sont devenus des vagabonds. Les fermiers qui perdront leurs terres un jour, vont eux aussi devenir des mineurs vagabonds.

Pourquoi ce titre, New Castle?

Le nom du village est Xinbu, c’est-à-dire, en anglais, New Castle (Ndr : littéralement le Nouveau Château). Le titre du film symbolise le passé du village et désigne aussi les nouveaux immeubles qui sont en construction. Il y a une scène dans le film où un vieux villageois parle de son fils qui ne travaille pas et joue de l’argent au lieu d’aider ses parents.

Comment avez-vous vécu cette scène ?

Dans cette scène, le vieil homme ne me parle pas, mais il parle à la personne qui vient se faire rembourser une dette auprès de son fils. J’ai ressenti toute la dégénérescence qui affecte la jeunesse du pays. La femme du vieil homme finit par s’exclamer : “Tais-toi maintenant!”,

et il répond « Se taire, que peut-on faire d’autre ici ? ». Que veut-il dire ? En fait, ils n’ont pas le désir de s’exprimer. Pour celui qui observe, c’est douloureux. Eux, ils ne peuvent qu’accuser le destin.

Votre relation avec les personnes que vous avez filmées a-t-elle changé?

Le film se passe dans mon village natal. Toutes ces personnes sont mes amis.

Quelle est l’importance des traditions à « New Castle » ? Y-a-t-il beaucoup d’habitants chrétiens?

La cérémonie de « la traversée du fleuve jaune », à la fin du film, est une tradition locale importante, où s’exprime l’espoir de paix et de fertilité. Le christianisme a provoqué de grands changements dans la vie de certains habitants, et a bouleversé les fondements des anciennes croyances.

Comment voyez-vous l’avenir de la vie rurale traditionnelle?

L’agriculture est la première source de revenue pour la majorité de la population chinoise. Les origines de la nation sont dans l’agriculture. Quand la campagne sera complètement détruite, où trouverons-nous nos maisons ? Où seront les racines de notre culture?

Avez-vous de nouveaux projets? Pouvez-vous nous en parler?

En ce moment, je tourne dans un collège qui se trouve dans cette campagne en déclin.

Avez-vous projeté votre film en Chine ? Quelles ont été les réactions?

Le film a été projeté à Beijing. Certains ont estimé que les problèmes des campagnes sont devenus si communs que cela restreint l’enjeu du sujet. Il a aussi été projeté lors du festival de Pusan en Corée du Sud, en octobre 2010. Les réactions du public et du jury ont été très positives. Pour eux, la force du film atteint son paroxysme dans les vingt dernières minutes.

Propos recueillis et traduits de l’anglais par Linda Ngita.