Critique de « Ideal Match », par Morgan Simon

MEATIC

« Ideal Match », Xiaoxing Cheng, compétition internationale

Dans un parc, au temple, près d’un lac, le lieu des rencontres change tous les jours. Malgré leur âge, ces retraités chinois sont toujours au rendez-vous avec un but bien précis, inlassablement le même : trouver l’âme sœur pour leur unique enfant, le profil idéal, ou le moins pire quoi. Sur leur veste, un descriptif de leur trentenaire de gosse : âge, taille, poids, diplômes, profession, salaire. Si l’entreprise est d’état et que le rejeton est propriétaire de son logement, l’affaire a de bonnes chances d’être réglée. Mais le plus souvent c’est une galère qui dure depuis des années et qui mine le moral des parents. Ils sacrifient leur temps libre ou leur retraite pour vanter les mérites de leur progéniture comme des morceaux de choix. C’est Meetic en vrai.

Dans Ideal Match, Xiaoxing Cheng met ainsi en évidence, non sans ironie, un paradoxe, celui du pays le plus peuplé au monde où la pire des craintes est la solitude. Ces sexagénaires perdus entre deux siècles se livrent face caméra avec sincérité. Derrière eux au loin toujours la foule, celle de ces dizaines d’autres entremetteurs errants trop honteux pour affronter la caméra.

Parce que la vie est dure et incertaine, la priorité est de trouver la stabilité, et la stabilité c’est l’entraide, c’est l’autre, c’est le couple. Être ensemble aurait pu suffire il y a quarante ans, mais aujourd’hui avoir une bonne situation est devenu le critère numéro 1 du coup de foudre. La pression sociale est immense pour ces enfants qui n’en sont plus et la concurrence rude. Le combat est inégal pour les parents dont la fille n’est ni la plus belle et ni la plus riche ; tous ces sacrifices effectués pour elle et la hantise de la voir finir vielle fille (unique)…

Xiaoxing Cheng signe un film drôle et touchant, l’absurdité de la situation fait rire, mais la détresse de ces personnes âgées fait réfléchir quant aux priorités du monde auquel nous appartenons : mondialisation du matérialisme et de la cupidité, perte des « vraies » valeurs. Et les anciens de se laisser aller à la nostalgie, au moins autrefois les mariages arrangés créaient moins de problèmes…

Morgan Simon