Journal du réel n°8 : Article sur « Le Collier et la Perle »

« Le Collier et la Perle », Mamadou Sellou Diallo, Premiers films, France, Sénégal, 52’

Aujourd’hui, 20h30, Petite salle / Samedi 27, 10h, CWB

Le Collier et la Perle est la lettre d’un père à sa fille, comme l’énonce le sous-titre du film. Mais à travers sa fille – dont il filme les premiers mouvements dans le ventre de sa mère, la naissance, les rituels d’initiation – c’est une ode aux femmes et à la maternité, « accident de la vie et de la mort » que chante le réalisateur Mamadou Sellou Diallo.

La voix-off (la sienne) qui scande le film, débute sur l’image du ventre rond comme une planète de sa femme : « Pour moi le tourment familier se renouvèle encore. Et toujours sous l’emprise de violentes questions qu’agite l’accident de la vie et de la mort. (…) Car on dit bien qu’une femme enceinte est une femme pas bien portante, qu’elle a un pied dans ce monde et l’autre dans la tombe. À cet instant j’attends et j’espère. »

Réflexion lyrique qui vient nous rappeler que le temps où les femmes mouraient en couches est encore une réalité en Afrique (rappel nécessaire sans doute aux détracteurs d’Elisabeth Badinter quand elle dénonce le danger d’une « dérive naturaliste »).

La plus grande poésie du film réside dans la façon de filmer les corps, avec une pudeur crue, de révéler des choses que l’on ne montre pas (aux hommes) dans la métamorphose du corps de la femme lorsqu’elle donne la vie. Le réalisateur filme sa femme, sa peau mate, jeune, belle et tendue ; le ventre d’une vieille femme, dont nous voyons les cicatrices, les seins usés par l’allaitement. Parchemin de peau où l’on peut lire les plis de la vie. La vieille femme explique à l’homme attentif ce que sont les vergetures, expose son corps déformé : « Je suis fière de ce corps qui relate ma vie… les traces de la maternité, de l’amour… Le corps change, vieilli et voilà, ça reste pour la vie… C’est la vie. Et puis, c’est la mort ; on ne peut redevenir jeune éternellement ». Magnifique sagesse que cette parole à une époque où le corps doit atteindre la perfection glacée des magazines, où le jeunisme et le déni de la mort obsèdent l’Occident.

Deux formidables séquences nous montrent des gestes ancestraux, ce rapport aux corps que nous avons perdu : un centre où des femmes mal portantes viennent se faire soigner seins, ventre, dos, jambes, que d’autres femmes – en hommage à la Gardienne des étoiles – massent, manipulent, caressent, aspergent d’eau miraculeuse. Et une séance de toilette où la nouvelle née est enduite de karité de la tête aux pieds, manipulée par sa mère comme de la pâte à pain.

Corps de femmes filmés par un homme, avec respect, tendresse, admiration, intérêt pour ce qu’elles ressentent, pour ce qu’un homme ne peut savoir, ne peut sentir dans son corps à lui. Très belle leçon d’humanité (et de cinéma documentaire) : se mettre dans la peau de l’autre.

Margherita Caron