Journal du réel n°7 : Article sur « Dames en attente »

« Dames en attente », Dieudo Hamadi, Diwita Wa Lusala, Premiers films, 24’

Aujourd’hui, 20h30, Petite salle / Vendredi 26, 10h, CWB

République du Congo, hôpital de Kintambo. Ses locaux sont bondés par de jeunes mères. Elles ne sont pas à même de payer la facture d’hospitalisation, et de ce fait, ne peuvent pas sortir. Là est tout le paradoxe : plus elles restent, plus la facture augmente. On en vient au troc. Dépouillées de tout, certaines n’ont encore pas assez. Leurs maris se présentent, mais c’est toujours le même problème. La caméra suit les évènements de manière neutre. Pas de demande d’informations supplémentaires, ce n’est pas vraiment la peine. On constate juste cette situation inextricable.
Les cas de figure nous paraissent fous, les sommes à payer dérisoires. Une jeune femme s’explique, elle s’est faite violer. Elle ne retrouve pas le père de son enfant, qui a bizarrement déménagé. Personne ne l’aide. Sans parents ni amis, elle ne doit compter que sur elle-même. Une vague lueur de lucidité est amenée par le directeur de l’hôpital : son violeur doit payer la facture. À voir l’attitude froide qu’ont les médecins et les administrateurs, ce cas de viol n’est pas le seul. La police n’intervient pas.
Les dettes augmentent. Personne ne paie, l’hôpital réclame. Ces femmes se trouvent être prisonnières d’un univers où leur parole est constamment mise en doute. L’argent est maître, mais il est absent. Le réalisateur filme un monde qui est loin de nous être familier. Il n’y a aucune sécurité, aucune aide. Mais cet argent manquant fait différentes victimes, et on comprend vite que personne n’échappe à ce système défaillant. Les dettes sont partout. L’administratrice que l’on suit semble crouler sous le travail incessant que lui demande la gestion des factures. Sous une froideur de façade, elle aussi peut-être est à bout.
Le mauvais état de ce service public interpelle. Les sanitaires sont sales, se plaignent les mères. Mais c’est à elles de les laver, répond la gestionnaire. Elles doivent faire comme si elles étaient chez elles. Mais ce n’est pas le cas, et elles passent le plus clair de leur temps à changer les couches de leur nouveau-né, et regarder par la fenêtre cette rue qui signifie pour elles la liberté.
La police n’intervient pas. On apprend qu’elle a une dette énorme envers l’hôpital. Ce dernier réclame ce qui lui revient de droit, en s’attaquant à des mères sans le sou qu’on retient donc prisonnières. C’est un cercle vicieux contre lequel on ne propose pas de solution. Y en a-t-il vraiment une ?
Le réalisateur offre un film d’une extrême simplicité, sans effets ni voix off. Il ne pose aucune question, ne prend aucun parti. Police et argent absents, un hôpital-prison, et des mères en captivité. Une fenêtre sur un monde bien triste.

Charlotte Labbe