Journal du réel n°5 : Entretien avec Wei Tie

Ren jian tong hua (School), Wei Tie, Premiers films, Chine, 83’

Aujourd’hui, 14h, Petite salle

Comment avez-vous démarré ce projet ? D’où est venu votre intérêt pour cette thématique de l’école ?
Ce projet a été initié il y a quelques années et m’est venu à l’idée du fait que pendant ma scolarité mes institutrices m’ont beaucoup soutenu, ce qui m’a aidé à affirmer ma volonté de devenir réalisateur.

J’ai aussi remarqué qu’en ce moment, en Chine, beaucoup de problèmes proviennent de l’idéologie et je pense que l’éducation scolaire et plus spécifiquement les années d’école primaire sont aussi importantes que l’éducation reçue dans la famille. Il est compliqué de parler de l’éducation familiale donc j’ai préféré commencer par étudier comment la formation reçue à l’école primaire peut influencer la construction idéologique des jeunes chinois.

Il s’agit de déterminer ce qui est à la racine des problèmes actuels en Chine. Mais, bien entendu, au cours des mes recherches, j’ai compris que l’éducation n’était pas la seule source des problèmes sociaux et qu’elle s’incluait dans des mécanismes encore plus complexes.

De nombreuses scènes insistent sur la discipline des enfants, leur comportement en classe et l’exigence des enseignants. Cette récurrence était elle une intention initiale ?

Pendant le tournage, j’ai découvert que la discipline exercée par les adultes sur les enfants est très courante et très présente, mais c’est tellement présent au quotidien qu’on oublie de la remettre en question. Je trouvais donc important de mettre en avant cet aspect auquel on s’est tellement habitué qu’on n’en est plus conscient. On remarque par ailleurs que les adultes eux aussi obéissent aussi à une certaine discipline.

Au cours des entretiens avec les enseignants, on remarque que tous ont un rapport différent à leur métier. Vous attendiez-vous à une telle diversité ?

Les enseignants de l’école ont beau travailler dans le même bureau, ils viennent tous de différents milieux économiques et sociaux. J’ai cherché à filmer comment ces personnalités existaient dans ce même espace. C’était une de mes intentions initiales.

Comment avez-vous procédé pour filmer les enfants ?
Les enfants sont des acteurs naturels, ils ont envie de se montrer, de réagir, donc ça n’a pas vraiment été un problème. Et puis nous avons travaillé avec les enfants de l’école pendant deux ans. Avec l’équipe de tournage, nous leur avons dès le début expliqué que nous avions l’intention de les filmer avec respect et honnêteté, ce qui a permis d’établir une relation de confiance autant avec les enfants que les enseignants.

Il n’y a pas d’entretien filmé avec les enfants, à l’exception d’une séquence pour laquelle chaque enfant vient expliquer son point de vue suite à un débat. Quel intérêt particulier avait cette séquence pour vous ?

Tous les semestres, chaque classe désigne un élève modèle, qui est exemplaire autant dans son travail que dans son comportement. Dans certains cas, l’enseignant désigne l’élève, dans d’autres cas, il est élu par la classe. Dans le film, ce qui se produit est assez différent car un clivage se crée entre les garçons et les filles, à un âge où commencent à se développer entre eux des émotions et des sentiments innocents qui s’expriment lors de ce vote. C’est ce que permettent d’expliciter les entretiens qui suivent le débat.

Au cours du film, on assiste à de nombreux événements au sein de l’école. Pourriez-vous nous les expliquer ? Commençons par la Journée Mondiale de l’Enfance.

La fête des enfants est un événement annuel très important, pour lequel les enfants et les enseignants préparent des animations, pendant leur temps libre. L’organisation méticuleuse demande beaucoup d’énergie, comme le montre le dernier plan de la séquence dans laquelle une enseignante est épuisée devant le spectacle.

Que pouvez-vous nous dire de la cérémonie d’initiation de l’Organisation des jeunes pionniers ?

La transmission du foulard rouge signifie que l’élève devient membre de l’Organisation des jeunes pionniers (les groupes d’enfants communistes qui mènent aux jeunesses communistes puis au parti). Ne sont sélectionnés que les meilleurs élèves, selon un processus différent de celui des élèves modèles. Les jeunes pionniers tiennent un rôle important dans le film, en témoigne la scène d’ouverture. Je trouve que la façon dont ces réunions sont organisées est problématique donc je tenais à le filmer pour que ce soit discuté.

Vous faites parti de la compétition Premiers films. Est-ce votre premier projet et si non, qu’avez-vous fait avant ? Avez-vous d’autres films en préparation ?

J’ai réalisé un long métrage de fiction, Distance (Yuanli), en 2006, qui a été projeté à Pusan, Barcelone et Munich. School est mon premier long métrage documentaire. J’ai commencé ce projet immédiatement après la fin de la production de Distance, de 2007 à 2009. À l’avenir, j’ai deux projets de long métrage de fiction mais aussi beaucoup d’envies de documentaires…

Propos recueillis par Stéphane Gérard

Remerciements à Shih-Ching Wang