Critique des « Film rêvés » par Arthur Cahn

« Les Films rêvés », Eric Pauwels, Compétition internationale

Eric Pauwels nous invite dans sa cabane bleue au milieu de son jardin fleuri, hanté par un chien et quelques grenouilles indiscrètes. De là, il se pose, reçoit des images d’un ami parti en mer, des cartes, reçoit son voisin, mais surtout rêve. Et chacun de ses rêves est un film, un film rêvé.

La première image de ce film aux mille images : un araignée tissant une toile. Pas une toile d’araignée, mais la toile de projection de ce film unique. Un film fragile et ténu, rempli de vides et de trous et pourtant dense, et captivant. Si au départ, on ne sait que penser devant ce patchwork cousu au fil de soie, on finit par se laisser prendre, comme une mouche dans une toile, mais une mouche consentante. Ici, pas de fil rouge pour suivre le cheminement du réalisateur/rêveur et lorsque l’on se sent perdu dans cette avalanche d’histoires et d’images, l’araignée repasse par un point d’ancrage pour nous faire reprendre le fil d’un film qui semble passer parfois du coq à l’âne, ou plutôt du Cook (le capitaine) à l’âne (celui du Christ à Jérusalem). L’itinéraire du film est parfois flou mais on se laisse aller à la pérégrination, peu à peu à force de cercle concentrique on retrouve des motifs, des personnages existants, rêvés ou morts : Ulysse, Jean Rouch, le chien d’Eric Pauwels…

On y oublie le temps qui passe, on s’y sent comme à la maison. D’ici on rêve avec lui. On se laisse aller à tourner, à mélanger les images, les histoires, les textures, les rêves et les souvenirs.

Ce qui fait avant tout rêver Eric Pauwels c’est le voyage, tous les voyages, ceux des explorateurs du nouveau monde, des globes trotteurs et ceux des rêveurs qui sont souvent les mêmes personnes. Voyage aussi de ceux qui lisent, de ceux qui écoutent, de ceux qui vont au cinéma. La vie est un songe, c’est ce que nous rappelle, dans la deuxième partie, cet ancien bagnard qui après 18 ans enfermé dans le noir craint encore parfois de soudain se réveiller dans sa cellule.

Dans son itinéraire concentrique, l’araignée nous met la tête à l’envers, et le film que nous voyons devient notre propre rêve, notre propre voyage. Le cinéma, nous rappelle Pauwels, est un rêve commun, un rêve qui se partage. C’est la beauté de ces films rêvés : le don de Pauwels partageant avec nous son regard sur la beauté du monde, sur ses rêves.

On ressort de la salle comme d’un lit, engourdi, encore ailleurs, hanté par des images et des sons dont on a oublié la provenance, excité par le tour du monde  que nous avons effectué. Peu à peu au cours de la journée nous reviennent des images intrigantes et familières: cette jeune femme qui se dénude sur la sonate au claire de lune, le regard bleu de cette homme qui n’a pas vu pendant 18 ans le soleil, la mer, ou encore ce ciel où dansent un millier d’oiseau.

Arthur Cahn