Critique de « Conversations de salon II » par Lisa Verhaverbeke

« Conversations de salon II« , Danièle Arbid, Panorama français

Exceptionnellement drôle. A priori, voir des femmes discuter dans un salon par un après-midi libanais, cela n’a rien d’extraordinaire. Et pourtant, ce triptyque réussit une belle prouesse,  faire rire aux éclats toute une salle.

Le principe est simple en apparence. Quatre femmes, dont une seule ne change pas (la tante de la réalisatrice), installées dans un salon cossu, parlent de sujets clairement établis dès le titre de chaque séquence : « Dieu », « Le monde », « Moi ».

La réalisation est tout aussi dépouillée. Un plan d’ensemble, puis des plans plus rapprochés sur chacune des femmes, avec des panoramiques allant de l’une à l’autre, aussi fluides que la conversation.

Cette apparente simplicité cache en fait une grande préparation. En effet, Danièle Arbid se méfie du documentaire.

Elle effectue un casting précis de chacune de ces femmes, dans son entourage plus ou moins proche. Elle les sélectionne en fonction de leur volubilité, et de leur caractère affirmé. Ensuite, elle les enferme ensemble pendant deux heures dans le salon de sa tante, leur indique le thème sur lequel doit porter la conversation, se poste derrière sa caméra, et filme.

De ces deux heures, elle n’extrait que dix minutes.

Autant préciser tout de suite que la manipulation (terme utilisé par la réalisatrice elle-même) est de mise. Elle consiste d’une part à couper la caméra pour aller complimenter l’une des femmes devant les autres, sur la qualité de sa performance, pour que celles-ci en fassent davantage. D’autre part, le montage permet de détourner les paroles prononcées…

Ces femmes, qui sont payées, ont vu le film, mais ne sont pas conviées aux projections publiques, et lorsque l’on voit Conversations de salon II, on comprend bien pourquoi.

Le débat pour savoir laquelle est la plus chrétienne, le racisme primaire de ces femmes aisées qui se méfient de leurs bonnes, la chirurgie esthétique… tels sont les sujets abordés, sans détour.

Le regard porté sur elles n’est cependant ni cynique, ni hautain, et, malgré tous leurs défauts, ces femmes deviennent bien vite attachantes.

Alors pourquoi rions-nous ? Est-ce parce que nous considérons ces points de vue comme exotiques et bien loin de nous ? Ou est-ce au contraire d’être confrontés à des discours bien connus, mais que nous n’avions jamais entendu aussi clairement énoncés, avec une bonne foi toute désarmante ?

Ce film, qui peut être dérangeant par son procédé, ne peut en aucun cas laisser indifférent, et met le spectateur face à ses propres défauts.

Défauts de spectateur bien-pensant qui se rit de l’Autre, mais aussi, plus simplement : que deviendrions-nous, si nous étions filmés, par un après-midi parisien, dans le salon d’une amie ?

Lisa Verhaverbeke