Journal du réel n°2 : Entretien avec Jean Laube et Raphaëlle Paupert-Borne

Marguerite et le dragon, , Jean Laube, Panorama français, 56’

Aujourd’hui, 19h, Cinéma 1 / Dimanche 21, 12h15, C2 / Lundi 22, 21h, Petite salle

En 2008/2009, Raphaëlle et Jean, un couple d’artistes, elle peintre et vidéaste, lui sculpteur et vidéaste, partent vivre à Rome pour une année, Raphaëlle devenant pensionnaire de la Villa Médicis. Ils sont donc tous les deux dans cette ville, personne ne connaît leur histoire.

À Rome, saviez vous sur quel projet vous alliez travailler ?

Raphaëlle : Mon projet était de découvrir la ville de Rome par le biais de la peinture, et de la sillonner à bicyclette. Etre dans une ville si belle où se superposent les couches d’histoire et de morts, avec des tombeaux étrusques, des catacombes… qui peut résister ?

J’avais également un projet de cinéma, sans encore en connaître la teneur.

Mon désir était de travailler avec Mario Brenta à Rome. Je l’avais déjà rencontré à Marseille dans le cadre de l’association Film Flamme.

A Marseille, cette rencontre était restée ancrée en nous. Mario Brenta parlait de la manière de faire des films en attrapant tout ce qu’il y a autour de soi. Cette manière de voir le cinéma… C’est devenu une manière de travailler pour nous aussi.

J’avais des rushes tournés avec des animaux et le personnage rouge que l’on voit dans le film. Je pensais plutôt faire un film sur ma grand-mère qui habitait là où vivent ces animaux. On a fait un premier tri dans nos cassettes VHS. Au fur et à mesure que je montais, je n’étais pas satisfaite, plus je montais, plus je trouvais qu’il manquait de nécessité. Que quelque chose n’allait pas.

J’ai fais venir une petite équipe pour le montage des images et une pour le son. Je travaillais le son et l’image ensemble. C’était fort de voir ces images, qui étaient belles, avec des sons magnifiques. Nous avons fait un montage très rapide, et lorsque Mario a vu ça, ils nous a dit : allez, y il y a de quoi faire un film !

On a numérisé tous les rushes que nous avions. Il y a une partie des images que l’on a découverte : du 16mm, du super 8, des cassettes VHS de famille que l’on n’avait jamais vues… on filmait sans se poser de question, sans projet. Nous n’avions pas l’intention de faire un film sur Marguerite.

Jean : C’est vraiment la découverte de ces images du film, la rencontre avec Mario Brenta, et ce premier montage sons et images qui ont rendu ce film possible. Ça s’est imposé à nous. Les choses sont devenues évidentes, au milieu des films sur les animaux, il manquait quelque chose…dans le temps… Il manquait Marguerite.

Ce personnage rouge dans le film, que représente t-il pour vous ?

Ce personnage est un personnage que j’ai inventé, que je jouais sur scène ou dans des performances, mais c’est aussi le sujet de mes peintures. Il est aussi dans mes films…

En fait, c’est un fil rouge…

Comment travaillez vous ensemble ?

Raphaëlle : Pour ce film, au début, j’ai commencé seule. Mais il fallait avoir l’accord de Jean. D’autant que Jean a fait pas mal d’images. C’était pas facile de triturer ces matériaux toute seule.

Jean : Au départ, nous discutions, puis, Raphaëlle me montrait au fur et à mesure ce qu’elle faisait avec son équipe. Finalement elle a voulu que je prenne part directement au travail. Au lieu de voir le soir ce qu’ils avaient fait dans la journée, je passai la journée avec eux.

Raphaëlle : C’était très important cette période, c’était très lourd pour moi. C’était évident qu’il fallait que Jean soit là. C’était essentiel.

Le travail de montage était nourri de différences et de tensions pour choisir les images. Tant qu’on n’était pas tous les deux d’accord avec le monteur, on ne pouvait pas couper.

Jean : Raphaëlle avait recruté un monteur que l’on ne connaissait pas. Donc il a fallu faire connaissance, pour moi davantage que pour Raphaëlle. Travailler avec un monteur sur la durée, pour nous deux c’était nouveau, et pour lui aussi. Il fallait qu’il rentre dans notre histoire.

Jean, Raphaëlle : à partir des images et des sons nous avons eu envie de resserrer le cadre sur Marguerite. Nous avons essayé de trouver un rythme pour le montage. Nous avons travaillé le montage une semaine par mois pendant dix mois à peu près. Le film, il fallait presque qu’il se monte tout seul. Il fallait trouver une écriture et que ce soit le film qui nous la dicte. C’est donc vraiment un travail de tressage de deux époques… de matériaux différents… un travail dans le temps…

Que souhaiteriez vous dire à propos de Marguerite ?

Marguerite affrontait sa maladie. Elle savait mettre les gens aux pas, c’était un modèle, elle avait une manière de gérer les gens autour d’elle, c’est elle qui expliquait au monde sa maladie. Elle allait à l’école du quartier et la directrice de l’école disait d’elle : « il y a une petite fille dans l’école que tout le monde connaît et qui a un charisme incroyable, c’est Marguerite. »

Nous avons cherché la douceur, la joie de vivre, à être heureux tous les trois, sans concession, et chasser les ombres, les ombres de la pitié…

Propos recueillis par Lydia Anh